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Jean-Didier Berger

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Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, Strasbourg le 2 juillet 2007

Mesdames et Messieurs,

Il y a quelques mois je suis venu à Strasbourg parler de l'Europe, de l'idée que je m'en faisais, de la place que je voulais lui donner dans la politique de la France telle que je la conduirais si j'étais élu Président de la République. Ce soir-là, j'ai dit aux Français ma vérité sur l'Europe. Ce soir-là, j'ai pris des engagements devant les Français à propos de l'Europe. Ce soir, je reviens à Strasbourg rendre compte aux Français de ce que j'ai fait dans la perspective de ce sommet européen qui restera comme un moment important dans la construction de l'Europe.

Ce soir, je viens rendre compte aux Français de ce que j'ai fait pour débloquer l'Europe conformément à mes engagements.

Ce soir, je viens dire aux Français, quelles leçons je tire de ce qui s'est passé pour le présent et pour l'avenir.

Avant de venir ici, le 21 février dernier, je m'étais arrêté sur le champ de bataille de Verdun.

Je me souviens qu'à ceux qui ce soir-là étaient venus m'écouter, j'ai dit l'impression que j'avais eue d'entendre, sortant de la terre où furent versés tant de larmes et de sang, ce cri qui fut celui de tous les survivants de cet enfer : « Plus jamais ça ! »

Plus jamais un tel carnage, plus jamais deux peuples européens dressés l'un contre l'autre dans le but de se détruire.

Je me souviens que j'ai parlé de cette fatalité tragique qui dans chaque guerre préparait la suivante, qui dans chaque meurtre annonçait le meurtre à venir.

Je me souviens que ce soir-là j'ai évoqué ces hommes de bonne volonté qui s'appelaient Churchill, De Gaulle, Schuman, Monnet, Gasperi, effarés par l'indicible horreur des camps et les souffrances de la guerre, qui ont choisi de montrer au monde qu'un idéal de paix et de fraternité pouvait être plus fort que l'esprit de vengeance et de haine attisé par le souvenir du malheur. Ce fut à ce moment-là, de la volonté de quelques hommes, que naquit l'idéal européen.

Ce fut à ce moment-là que naquit en Europe une volonté de tout faire pour que les valeurs de la civilisation européenne ne soient pas anéanties par la guerre civile européenne.

Cette volonté, qui fut d'abord celle de quelques grandes consciences isolées, forgea en quelques générations une véritable conscience européenne.

Cette volonté, cette conscience furent d'abord françaises.

C'est la France qui a le plus voulu l'Europe et qui l'a rendue possible en prenant l'initiative du geste fraternel qui allait changer le cours de l'histoire. Car si l'Europe de la civilisation et de la culture est un héritage multiséculaire, si l'homme européen est une réalité depuis bien longtemps, l'Europe telle que nous la connaissons, telle que nous la voulons, l'Europe de la paix, l'Europe des peuples qui ne sont plus rivaux, qui ne sont plus ennemis mais qui sont des partenaires, l'Europe des nations conscientes que leur destin est commun et décidées à le forger ensemble, l'Europe fraternelle dont les grands Européens rêvent depuis si longtemps, cette Europe elle est sortie de la réconciliation franco-allemande, elle est sortie de cette volonté commune non d'oublier les souffrances mais de les surmonter, non de récuser un passé douloureux mais de regarder ensemble vers l'avenir.

L'amitié franco-allemande est à l'origine de l'Union Européenne. Elle en restera le ciment à jamais.

L'union de l'Europe n'est pas fondée sur la repentance, sur l'expiation d'une histoire tragique. Elle est fondée sur la volonté partagée par tous les peuples européens de tirer toutes les leçons de cette histoire.

Elle est fondée sur la volonté partagée par tous les peuples européens de préserver l'immense héritage de civilisation que les siècles leur ont légué, de conserver le trésor inestimable de l'humanisme européen, de garder vivant l'homme européen, cet idéal humain que nous avons voulu faire partager à tous les hommes.

Le jour où il fit entrer Jean Monnet au Panthéon, François Mitterrand déclara : « l'Europe restera, quoi qu'il advienne, celle de Jean Monnet ».

Elle restera aussi celle de Robert Schuman et du Général De Gaulle. Ce qui donne à la France une responsabilité particulière dans la construction de l'Europe. Cette responsabilité elle est politique. Elle est plus encore morale. C'est cette responsabilité que j'ai voulu assumer.

Ce que ces Français illustres ont accompli et qui est si grand au regard de l'Histoire, nous avons le devoir de le continuer. C'est le devoir du Président de la République française.

Depuis toujours, la France n'est elle-même, la France n'est grande, la France n'est forte que lorsqu'elle se place au centre de gravité de l'Europe.

Ce que pendant des siècles elle a accompli en Europe dans l'ordre de l'esprit, dans l'ordre de la pensée, dans l'ordre spirituel ou dans celui de la puissance, elle doit l'accomplir maintenant dans l'ordre politique au service de cette union de peuples sans cesse plus étroite qui est la définition que donnaient du projet européen les pères fondateurs. Elle doit le faire non seulement pour les autres mais aussi pour elle-même.

Ce devoir il n'est pas seulement le nôtre, à nous, Français, à cause de ce que nous ont légué Monnet, Schuman et De Gaulle. Nous n'avons pas le devoir de faire l'Europe seulement pour être dignes de ce qu'ils ont accompli au nom de la France. Nous avons le devoir de faire l'Europe pour être fidèles à nous-mêmes.

Nous avons le devoir de faire l'Europe pour exactement les mêmes raisons qui les ont poussés à la faire et qui tiennent à ce que nous sommes, qui tiennent en vérité à notre identité française qui est au croisement de tous les courants de pensée et de culture, de toutes les sensibilités, de toutes les croyances de l'Europe.

Il n'y a pas de culture française sans Shakespeare, Dante, Goethe ou Cervantès. Il n'y a pas de culture française qui regarde comme étrangers Faust, Don Quichotte ou Hamlet. La pensée française est l'héritière de Kant, de Leibnitz et de Spinoza autant que de Montaigne, de Pascal ou de Descartes.

Nous avons un devoir vis-à-vis de l'Europe parce que l'Europe c'est une part de nous-mêmes sans laquelle nous ne serions pas ce que nous sommes, parce que la conscience européenne c'est notre conscience, parce que la culture européenne c'est notre culture, parce que le destin de l'Europe c'est notre destin, parce que l'identité de l'homme européen c'est notre identité.

Qu'est-ce que l'idéal européen ? C'est la volonté de dresser l'Europe contre la mort d'une certaine idée de l'homme et de la civilisation dont la menace fut d'abord dans la succession des guerres civiles européennes puis dans la guerre froide, et qui se trouve aujourd'hui dans le risque d'aplatissement du monde global et dans les crispations identitaires qu'il provoque.

Voilà ce que c'est, l'idéal européen. Voilà ce qui est la raison d'être profonde de la construction européenne.

Voilà ce à quoi il nous faut toujours revenir quand nous doutons de l'Europe.

Voilà la finalité de tous ces efforts que nous faisons pour construire l'Union Européenne, de toute cette énergie que nous dépensons, de tous ces sacrifices que parfois nous avons le sentiment de consentir en vain.

Cette finalité, nous ne devrions jamais la confondre avec les moyens utilisés pour l'atteindre.

Nulle part plus que sur le sujet de la construction européenne la confusion des moyens et des fins peut être désastreuse.

Les institutions, les procédures, les directives, les règlements ne sont pas des fins en soi. Ce ne sont que des moyens. Que l'on perde de vue la finalité de tout cela. Que l'Europe cesse d'être un projet de civilisation pour ne plus être que de la technique, pour ne plus être qu'un empilement de textes, de normes, de critères, et le ressort se casse.

Pour mettre d'accord 27 pays qui sont de vieilles nations chargées d'histoires, qui ont leur caractère, qui ont leurs intérêts, il faut qu'il y ait un élan. L'élan se brise quand l'objectif est perdu de vue, quand la signification de ce que l'on fait n'est plus compréhensible.

Ce ne sont pas les traités de paix qui font la paix entre les peuples, mais la volonté des peuples de ne plus se battre. Ce ne sont pas les traités européens qui font progresser l'esprit européen, mais l'esprit européen qui permet de conclure des traités.

Chaque fois que l'Europe a remplacé les fins par les moyens, elle a traversé une crise. Chaque fois que l'Europe ne s'est plus souciée que de son organisation et de son fonctionnement sans plus se demander au service de quel projet était cette organisation ni pour quelle cause elle était censée fonctionner, elle est devenue incompréhensible et elle a suscité le rejet.

Rien n'est pire que la grande machine de l'Europe quand elle donne l'impression d'être devenue sa propre fin, de ne plus fonctionner que pour elle-même, de ne plus tourner que sur elle-même, car alors elle ne peut plus faire appel à la conscience européenne pour la soutenir.

Je veux le dire ce soir à tous les Français et à tous les Européens : ce n'est pas le « non » au référendum des Français et des Néerlandais qui a mis l'Europe en crise. C'est la crise de l'esprit européen qui a provoqué les « non » français et néerlandais et qui aurait sans doute provoqué d'autres « non » dans d'autres pays européens si ceux-ci avaient organisé un référendum.

Je veux dire à tous ceux qui sont attachés à la construction européenne et qui plaçaient beaucoup d'espoir dans la Constitution Européenne que la Constitution Européenne ne pouvait pas être une fin en soi. Je veux leur dire que la Constitution Européenne n'était qu'un moyen de faire avancer l'Europe mais qu'elle n'était pas l'Europe.

Je veux leur dire que le traité simplifié sur lequel les 27 pays de l'Union se sont mis d'accord à Bruxelles le 23 juin dernier ne marque pas du tout un recul de l'esprit européen, mais qu'il témoigne au contraire du renouveau de l'esprit européen, du renouveau d'une volonté européenne commune à tous les pays membres, d'une volonté plus forte que les égoïsmes nationaux, plus forte que les susceptibilités nationales.

Le recul de l'esprit européen, cela aurait été que ceux qui avaient ratifié la Constitution ne veuillent rien entendre, ne veuillent plus se mettre autour d'une table pour discuter d'un autre texte, pour chercher un autre accord.

Le recul de l'esprit européen, cela aurait été de considérer la Constitution comme une fin en soi au point de ne rien vouloir faire pour chercher à réconcilier les peuples avec l'Europe.

Le recul de l'esprit européen, cela aurait été de considérer la Constitution comme une fin en soi au point de prendre le risque de briser le rêve européen. Et je pense particulièrement au peuple français qui s'était exprimé clairement, qui avait dit « non » à la Constitution, et dont la décision devait être respectée.

A s'en tenir obstinément à une Constitution que les Néerlandais et les Français avaient rejetée et que tant de citoyens européens regardaient avec méfiance, on aurait mis l'Europe dans une impasse et on aurait trahi l'idéal européen.

Il faut chercher la cause de l'échec de la Constitution Européenne non pas tant dans la Constitution elle-même que dans l'incapacité depuis trop longtemps à faire partager les finalités de l'Europe par les peuples, à donner du sens à cette union difficile, compliquée, qui doit surmonter tous les jours d'innombrables obstacles.

La cause de l'échec, il faut aller la chercher dans ce sentiment de plus en plus répandu que la construction européenne ce n'était plus l'accomplissement d'un destin commun, mais la mise en place d'un réseau de plus en plus serré de contraintes.

Il faut aller la chercher dans la perception de l'Union non plus comme l'expression d'une volonté commune, mais comme l'alibi de tous les renoncements.

La cause de l'échec de la Constitution et de la crise de l'Europe, il faut aller la chercher dans cette grande dérive vers la dépolitisation de l'Europe qui voulait partout remplacer la décision politique par des règles, des normes et des procédures, qui voulait partout substituer l'expertise technique à la volonté politique, qui voulait partout faire prévaloir le choix technique sur le choix politique.

C'est cette dérive, bien loin de l'esprit des pères fondateurs, bien loin de l'idéal de Monnet et de Schuman, qui a été sans doute la cause principale des difficultés auxquelles s'est heurtée la construction européenne depuis quelques années.

Au lieu de dire aux peuples : « voilà ce que nous pouvons faire ensemble de grand », on leur a répété inlassablement : « nous n'y pouvons rien », et on leur a dit que c'était à cause de l'Europe. Cela ne pouvait que mal finir.

Cette dépolitisation de l'Europe qui conduisait fatalement à un renoncement européen était d'autant plus dangereuse qu'elle plaçait l'Europe dans l'obligation de subir au lieu de la mettre en capacité d'agir dans un monde où tous les autres continents défendent vigoureusement leurs intérêts. Faire de l'Europe la victime expiatoire de la mondialisation et la variable d'ajustement des stratégies de tous les autres n'était pas la meilleure façon de fortifier l'esprit européen.

L'Europe a souffert d'une grande confusion des fins et des moyens qui l'a privée de politique. Et si ce sommet a été si important c'est d'abord parce qu'il marque le retour de la politique dans la construction européenne.

Dans ce sommet, la politique, pour la première fois depuis longtemps, a été la plus forte. Pour la première fois depuis longtemps la politique a fait que l' on a attaché aux fins plus d'importance qu'aux moyens.

Pour la première fois depuis longtemps dans un sommet européen, on a fait de la politique au sens le plus élevé du terme.

On l'a fait en reconnaissant que la Constitution n'était pas une fin en soi et en acceptant de se mettre d'accord sur un traité simplifié.

On l'a fait en reconnaissant que la concurrence était un moyen et non une fin.

On l'a fait en reconnaissant la protection des citoyens comme une finalité de l'Union.

On l'a fait en reconnaissant la spécificité des services publics.

On l'a fait en donnant force de loi à la Charte des droits fondamentaux.

Ici à Strasbourg le 21 février, j'ai proposé un traité simplifié pour que les Européens puissent à nouveau parler ensemble, décider ensemble.

Cela paraissait impossible. Et cela s'est produit. Il y a eu de la part de tous les dirigeants politiques de l'Europe une envie de sortir du blocage. Il y a eu de la part de tous les chefs d'Etat et de gouvernement européens une prise de conscience des enjeux qui a poussé chacun à dépasser les jeux de rôles diplomatiques, les conformismes de la pensée, les postures qui condamnaient l'Europe à la paralysie politique et qui laissaient le champ libre aux bureaucraties.

Le sommet de Bruxelles a bien sûr été un succès pour la présidence allemande. Il a été aussi un succès pour la France qui avait pris l'initiative du Traité simplifié.

Mais ce succès auquel bien peu croyaient il y a quelques mois n'est pas le succès de tel ou tel pays.

C'est le succès de tous.

C'est le succès de l'esprit européen qui a poussé chacun à faire des concessions plutôt qu'à risquer d'être celui qui briserait le grand rêve de l'unité européenne.

C'est le succès de la volonté politique contre l'esprit d'abandon et de renoncement.

Une conférence intergouvernementale va se réunir pour prévoir les détails et les modalités de mise en œuvre de ce qui a été décidé. Puis interviendra la ratification par les Parlements nationaux sous la forme non d'une nouvelle Constitution mais d'amendements aux traités existants.

Si tout va bien, dès 2009 l'Europe sera dotée d'institutions nouvelles avec un président stable du conseil européen, un Haut Représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères, la reconnaissance juridique de l'Eurogroupe, un véritable contrôle des Parlements nationaux sur les propositions de la Commission pour faire respecter le partage des compétences entre l'Union et les Etats membres, le vote à la majorité qualifiée étendu à de nombreux domaines au lieu de la règle de l'unanimité forcément paralysante dans une Europe à 27, le renforcement du rôle du Parlement européen, qui fait de Strasbourg la capitale parlementaire de l'Europe,la double majorité, enfin, qui permettra de corriger les insuffisances du Traité de Nice et qui entrera en vigueur en 2014 et définitivement à partir du printemps 2017.

Il s'agit de réformes très importantes pour permettre à l'Union de fonctionner.

Grâce au président stable du Conseil européen, élu pour un mandat de 2 ans ½ renouvelable une fois, l'union aura enfin un visage, une volonté propre, une continuité dans l'action au lieu de changer de président tous les 6 mois. Grâce à un haut représentant, l'Europe pourra enfin parler d'une même voix face aux grandes puissances mondiales. Il ne s'agit pas de remplacer les diplomaties nationales par une diplomatie européenne. Mais il s'agit que lorsque les gouvernements européens se mettent d'accord, une seule personne agisse en leurs noms au lieu de trois.

Le vote à la majorité qualifiée, qui permet à l'Union à 27 de décider et d'agir, a été entendu à des domaines très importants : la coopération contre la criminalité organisée, l'énergie, la lutte contre le changement climatique··· Dans tous ces domaines si essentiels pour notre avenir, l'Union européenne pourra enfin sortir de l'unanimité qui la paralyse.

Le nouveau traité, en reconnaissant à l'eurogroupe un véritable pouvoir de décision, jette les bases du futur gouvernement économique de la zone euro.

Les parlements nationaux pourront contrôler les propositions de la commission et vérifier qu'elles sont conformes au principe de subsidiarité qui déterminera le partage des compétences entre l'Union et les Etats membres. Ainsi l'Europe pourra décider, l'Europe pourra fonctionner.

Quand on ne voyait que la machine à produire des normes, à édicter des règles, à fabriquer des jurisprudences, il n'y avait pas d'urgence. La machine tournait.

Mais quand on regardait sous l'angle politique, il y avait urgence. Car nulle machine administrative, technocratique, judiciaire ne peut tourner longtemps sans la légitimité, sans l'adhésion, sans des valeurs, des objectifs, des idéaux partagés.

L'Europe était en péril, minée par des crises à répétition, minée par la défiance des peuples, minée par le doute. Je crois qu'elle est sauvée.

Non pas seulement parce qu'elle peut mieux fonctionner désormais, mais parce que s'est exprimée enfin une volonté pour qu'elle ne meure pas, parce que pour la première fois dans un sommet européen on a accepté de s'interroger sur les finalités de l'Europe, parce que pour la première fois les dogmes sur lesquels l'Europe avait pris l'habitude de fonctionner sans se poser de question ont été remis en cause, parce que pour la première fois il n'y a eu aucun de ces débats interdits qui stérilisent depuis si longtemps la pensée européenne.

La plus grande réussite de ce sommet, c'est que la politique ayant repris ses droits, il a commencé de s'opérer cette improbable synthèse entre les partisans du « oui » et ceux du « non », dont je reste persuadé qu'elle est la condition non seulement de l'union des Français mais aussi de l'union de tous les Européens.

Au désenchantement des peuples qui montait vis-à-vis d'une Europe qui semblait ne tenir aucune de ses promesses, au repli sur les identités nationales qui s'installait face à la perte des repères et du sens, au retour des nations qui partout dans le monde exprime le besoin de protection et le refus de se trouver seul pour affronter les grands bouleversements qu'impose la globalisation, la synthèse entre l'Europe du « oui » et celle du « non » était la seule solution raisonnablement opposable.

Par synthèse, je ne veux pas dire la recherche du juste milieu entre le « oui » et le « non », je veux dire le dépassement des contradictions. Cette synthèse, elle se trouve dans la vision d'une Europe qui se donne les moyens d'agir et de se protéger.

La synthèse entre le « oui » et le « non », elle se trouve dans une Europe qui, renonçant à toute naïveté, se donne les moyens d'agir, de lutter contre tous les dumpings, d'instaurer une préférence communautaire, de mettre en œuvre des politiques industrielles.

La synthèse entre le « oui » et le « non », elle se trouve dans une Europe qui n'accepte pas la désindustrialisation, qui ne reste pas les bras croisés devant les délocalisations, qui ne se soumet pas à la pseudo-dictature des marchés.

La synthèse entre le « oui » et le « non », elle se trouve dans une Europe qui n'est pas malthusienne mais qui est capable d'investir massivement dans les activités de demain, dans les infrastructures, dans la formation, dans la recherche.

La synthèse entre le « oui » et le « non », elle se trouve dans une Europe où l'Euro serait mis au service de l'économie.

La synthèse entre le « oui » et le « non », elle se trouve dans la création d'un véritable gouvernement économique de la zone Euro.

La synthèse entre le « oui » et le « non », elle se trouve dans une Europe qui évite par tous les moyens en son sein la course sans fin du moins disant fiscal et social.

La synthèse entre le « oui » et le « non », elle se trouve dans une Europe qui maîtrise l'immigration, où nul ne peut décider de régularisation massive sans l'accord des autres, qui se donne les moyens de se défendre contre les terrorismes et contre les mafias.

La synthèse entre le « oui » et le « non », elle se trouve dans une Europe qui respecte les nations, qui veut qu'elles coopèrent, qu'elles s'unissent, qu'elles délèguent certains aspects de leur souveraineté, mais qui ne veut pas qu'elles disparaissent, qui ne veut pas se construire contre elles.

La synthèse entre le « oui » et le « non », c'est une Europe où les nations ont leur place, où elles ont leur rôle, où la nation pour l'essentiel continue à servir de cadre à la démocratie, c'est une Europe qui respecte la subsidiarité, c'est une Europe qui ne fait que ce que les nations ne peuvent pas bien faire, c'est une Europe qui demeure fondamentalement une Europe de nations exerçant en commun leur souveraineté et décidées à rester elles-mêmes.

La synthèse entre le « oui » et le « non », c'est une Europe qui refuse la mondialisation sans règle. C'est une Europe qui s'ouvre à la mondialisation et au libre-échange mais dans la réciprocité. C'est une Europe qui n'accepte pas que le soutien aux PME bénéficie aux Etats-Unis d'une dérogation de l'OMC et que cette dérogation ne soit pas consentie à l'Europe.

La synthèse entre le « oui » et le « non », c'est l'Europe de l'énergie, de la culture, de l'espace, de la protection civile, de la coopération judiciaire sur le modèle de ce qu'avaient imaginé Monnet et Schuman et non sur celui de la concurrence parfaite qui bannit toute politique volontariste.

La synthèse entre le « oui » et le « non », c'est l'Europe qui se tourne vers le sud, qui tend la main à l'Afrique et qui s'investit pleinement en Méditerranée, c'est l'Europe qui est prête à faire de la Méditerranée le pivot d'une grande union eurafricaine, c'est l'Europe qui, à côté de Barcelone et du dialogue Euro-Méditerranée, soutient et encourage l'union de la Méditerranée, parce que c'est son avenir.

La synthèse entre le « oui » et le « non », elle se trouve dans une Europe puissance, dans une Europe démocratique, dans une Europe qui renoue avec la philosophie de ses pères fondateurs lorsqu'ils ont imaginé la CECA, l'Euratom, le marché commun, la politique agricole commune.

A cette époque on se réunissait pour exprimer une volonté collective à travers une politique commune. Depuis,on a trop souvent pris l'habitude de se réunir pour décider comment ne plus faire aucune politique, comment interdire à quiconque de prendre le risque de décider.

La synthèse entre le « oui » et le « non », elle se trouve dans une Europe qui a des frontières, une Europe qui ne se dilue pas en s'élargissant sans fin.

Le traité simplifié exprime cette synthèse. C'est un premier pas. Mais c'est un pas décisif.

Avec ce traité il est clair que l'Union Européenne n'a pas vocation à devenir un super état, un seul pays, une seule nation, un seul peuple. Et ainsi la voie est désormais ouverte à un travail urgent et nécessaire sur les souverainetés et sur les identités nationales au sein de l'Union Européenne. Travail urgent parce que les souverainetés sont devenues confuses et parce que les identités sont malades.

En renonçant à la démarche constitutionnelle, on revient à la logique des traités. Cela signifie que tout l'acquis communautaire est préservé, et cela veut dire aussi que le compromis du Luxembourg reste en vigueur. Il permet, depuis que le Général De Gaulle l'a imposé en 1966, à tout Etat membre d'opposer son veto à toute décision qui mettrait en jeu ses intérêts fondamentaux.

C'est essentiel. C'est le signe qu'au-delà de toutes les délégations qu'une nation peut consentir pour que sa souveraineté soit exercée en commun avec les autres nations d'Europe, chacune garde la maîtrise ultime de son destin. C'est le signe que l'Europe est fondée sur le partage et non sur l'abandon.

C'est essentiel parce que l'Europe pour réussir doit être comme la nation selon Michelet : un plébiscite de tous les jours, le fruit d'une volonté sans cesse renouvelée, sans cesse réaffirmée, de s'unir, de vivre ensemble, d'agir ensemble, et non un carcan dont chacun serait prisonnier. L'Europe pour réussir doit se bâtir sur le libre-arbitre des peuples. Elle doit être le fruit d'un idéal commun, d'une foi partagée, d'un impératif moral, non d'une simple obligation juridique qui serait vaine si elle avait la prétention de se suffire à elle-même.

Pour que l'Europe existe, il ne faut pas que les nations soient privées de leur liberté. Il faut qu'elles s'aiment et qu'elles se comprennent assez pour passer par-dessus leurs divergences, par-dessus leurs désaccords. C'est ce qui s'est passé à Bruxelles. Et c'est d'autant plus important que pour la première fois on a rouvert la discussion sur l'essentiel, c'est-à-dire sur les valeurs qui sont le fondement de tout.

En retirant symboliquement la concurrence libre et non faussée des objectifs de l'Union, le traité ne modifie pas le droit européen mais il ouvre une brèche pour les débats à venir. Débats urgents, débats nécessaires pour que la concurrence cesse d'être une religion, pour que la quête de la concurrence parfaite cesse d'être l'unique horizon des politiques européennes. L'Europe a trop reculé, trop perdu de temps sur l'Amérique, sur l'Asie, elle ne peut plus attendre. Pour que des champions nationaux et européens puissent émerger, pour que les prédateurs du monde entier n'aient pas le champ libre en Europe, pour que lorsqu'il s'agit de sauver une entreprise comme Alstom les Etats puissent avoir le soutien de la Commission au lieu de l'avoir comme adversaire parce que les dogmes de la concurrence parfaite s'opposent à tout intervention publique.

Certains juristes ont prétendu que retirer la concurrence libre et non faussée des finalités de l'Union, inscrire la protection, ne pas mentionner la primauté du droit communautaire sur le droit national qui est inscrite dans d'autres textes et dans les jurisprudences, cela n'avait pas de portée juridique. Mais si cette victoire n'est pas juridique, elle est néanmoins d'une grande portée symbolique et politique. Elle montre que les lignes bougent en Europe. Si l'on veut un jour changer le droit, il faut commencer par changer de politique. C'est ce qui s'est passé et cela, comme toujours, aura dans la durée des conséquences profondes. Car c'est l'annonce qu'on le veuille ou non d'un changement de comportement et de mentalité.

C'est le retour à une approche politique qui a débloqué l'Europe.

A partir de là, l'avenir est tout tracé. Si l'on veut que l'Europe avance, si l'on veut qu'elle redevienne un projet partagé par tous les Européens, parce qu'ils auront le sentiment qu'au lieu de leur arracher la maîtrise de leur destin elle la leur rend, alors il faut remettre partout de la politique en Europe.

C'est l'objectif que je me fixe.

Cet objectif, rien ne m'en détournera.

Nul ne doit douter de ma détermination.

En France je ferai de la politique. En Europe je ferai de la politique. Sur la scène internationale je ferai de la politique.

Partout je ferai de la politique, parce que je crois à la politique, à sa capacité à changer les choses, à infléchir le cours des événements, et parce que j'ai été élu pour cela. Parce que, dans la conception que j'en ai, la fonction de Président de la République n'est pas une fonction d'expert, une fonction éloignée des réalités, détachée de l'action, se tenant à distance des sentiments et des passions humaines. C'est au contraire une fonction où il faut à mon sens prendre le réel à bras-le-corps, et mettre tout son cœur, toute son âme, toute sa raison, toute son énergie à agir, à bousculer les habitudes, les routines, les idées reçues, à rendre possible le changement. Sinon, qui le fera ?

C'est parce que je ne me résigne pas à ce que l'Europe soit bureaucratique et technocratique, c'est parce que je veux qu'elle soit démocratique, c'est parce que je veux que la responsabilité politique et l'engagement politique en soient les moteurs, que je prendrai des initiatives fortes, que je parlerai à nos partenaires avec franchise, que je leur parlerai comme un homme politique élu parle à un autre homme politique élu et non comme un diplomate parle à un diplomate, comme un fonctionnaire parle à un fonctionnaire.

C'est parce que je crois à l'Europe et parce que je crois à la politique que j'irai moi-même expliquer dans quelques jours à l'Eurogroupe la stratégie budgétaire de la France. Cette explication, la France la doit à ses partenaires. C'est une question de respect et une question de confiance. C'est le témoignage le plus fort qui puisse être donné de l'engagement européen de la France et de sa volonté de fonder l'Europe sur la volonté et sur la sincérité.

A ceux qui seront surpris que le Président de la République aille s'expliquer devant les Ministres des Finances de la zone Euro, je veux dire qu'on ne peut pas réclamer un gouvernement économique pour la zone Euro, qu'on ne peut pas réclamer que la politique ait davantage son mot à dire sur l'économie et sur la monnaie et ne pas s'engager au plus haut niveau politique.

Je veux que la France prenne ses responsabilités, et je souhaite aussi que tous les Européens prennent la mesure de leur propre responsabilité face à l'Histoire.

Je veux ouvrir tous les débats, je veux poser toutes les questions, je veux évoquer tous les problèmes.

Je veux que l'Europe regarde en face tous les défis auxquels elle est confrontée.

Je veux poser la question des dumpings monétaires, sociaux, écologiques.

Je veux poser la question de la préférence communautaire.

Je veux poser la question de la surévaluation de l'Euro.

Je veux poser la question des politiques industrielles.

Je veux poser la question du droit de la concurrence comparé à ce qui se pratique hors d'Europe.

Je veux poser la question de la pérennité de la politique agricole commune et de l'indépendance alimentaire de l'Europe.

Je veux poser la question de la politique européenne du développement durable et de la fiscalité écologique.

Je veux poser la question de la règle de l'unanimité pour la baisse de la TVA quand elle n'a aucune incidence sur la concurrence entre les Etats membres.

Je veux poser la question de la concurrence fiscale et sociale déloyale à l'intérieur de l'Union.

Je veux poser la question de l'effort de défense au regard de l'esprit du Pacte de stabilité.

Je veux poser la question du rôle des investissements dans la croissance.

Je veux poser la question cruciale des frontières de l'Europe. Car sans frontières il n'y aura pas d'identité européenne et il n'y aura pas non plus de puissance européenne, parce que la volonté européenne sera condamnée à se diluer sans cesse.

Je pense à tous ces pays qui sont les voisins de l'Europe et avec lesquels l'Europe doit construire des liens particuliers mais qui n'ont pas tous vocation à devenir membres à part entière de l'Union.

Le moment est venu d'engager une réflexion à 27 pour dire ce qu'est l'Europe, sur quels critères, sur quels principes elle se définit. Il faudra aller plus loin, être encore plus clair, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, pour que l'Europe applique aussi aux relations avec ses voisins les principes de vérité et de sincérité sans lesquels il n'est pas d'amitié réelle.

Mais je veux aller au-delà. L'Europe ce n'est pas que la monnaie, ce n'est pas que la discipline budgétaire, ce n'est pas que le droit de la concurrence, ce n'est pas que des frontières, ce n'est pas que la pondération des votes. L'Europe, encore une fois, c'est d'abord un projet de civilisation.

L'Europe a besoin d'une nouvelle Renaissance. Elle a besoin de créer les conditions de cette Renaissance.

Elle a besoin de créer ce climat psychologique, intellectuel, moral grâce auquel, au sein de nos vieilles nations, chacun aura de nouveau l'intuition que tout est possible, qu'il peut réaliser ses rêves, que les possibilités de l'aventure humaine sont infinies, grâce auquel renaîtra la foi dans l'avenir et la confiance en soi.

C'est par le savoir, par la connaissance, par l'éducation, par la culture, par l'école, par l'université, par la recherche, que cette Renaissance commencera et qu'elle soulèvera toute la jeunesse européenne.

Au milieu des contraintes de toutes sortes, des difficultés et des grands bouleversements du monde, il faut à la France et à l'Europe une politique de civilisation. A mes yeux elles sont indissociables, et le plus grand défi au fond pour nous tous c'est d'être capable de les imaginer et de bousculer tous les conservatismes pour les mettre en œuvre.

Le plus grand défi c'est d'imaginer des politiques capables de remettre partout de la vie, de la création, de l'esprit de conquête. Parce que c'est cela qui manque à l'Europe d'aujourd'hui.

Il y a en Europe toutes les forces de l'esprit, toutes les énergies pour que ce miracle s'accomplisse. Il nous reste à les mobiliser.

Comme toujours dans l'Histoire cette Renaissance tient sans doute à peu de choses : un peu d'audace, un peu d'intelligence, un peu de cœur, un peu de courage.

L'Europe sera une réalité quand elle aura trouvé en elle ce peu d'audace, d'intelligence, de cœur et de courage qui lui permettra de nouveau d'étonner le monde.

L'Europe le peut si elle le veut.

Le veut-elle vraiment ? De la réponse à cette question dépend tout notre avenir, celui de nos enfants, celui des générations futures et, oserai-je le dire, celui de la civilisation mondiale, car la civilisation mondiale n'aura pas le même visage selon que l'Europe aura ou non accompli sa Renaissance.

Mes chers compatriotes, une tâche immense nous attend. Elle est pleine de difficultés mais elle est exaltante. Nous l'accomplirons si nous savons nous ouvrir aux autres, si nous acceptons la différence comme une richesse et la diversité comme une chance.

Voilà ce que je voulais vous dire ce soir.

La France est de retour en Europe sans que la volonté que le peuple a exprimée lors du référendum sur la Constitution européenne ait été trahie.

J'ai dit pendant la campagne que je voulais vous rendre la fierté de la France, et je crois que chacun d'entre vous peut être fier du rôle que notre pays a joué dans la relance de la construction européenne. Et c'est avec la même ferveur que je veux vous dire :

Vive l'Europe !

Vive la République !

Et vive la France !

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