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Jean-Didier Berger

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discours de Nicolas Sarkozy à Perpignan 23/02/07

Mes chers amis,Une campagne présidentielle c’est une épreuve. Et il faut y être préparé. C’est une épreuve de sincérité. Une épreuve de vérité. On ne peut dissimuler ce que l’on est. On ne peut mentir sur ce que l’on pense.Une campagne présidentielle c’est dur. Dur pour sa famille. Dur pour soi-même. Parce qu’il faut aller chercher au fond de soi la sérénité, le calme, la tranquillité qui permettent de faire face à tous les emballements.Une campagne présidentielle c’est une exigence. Une exigence intellectuelle. Une exigence morale. Il n’y a pas de place pour l’approximation, la demi-mesure, le défaut d’engagement.Une campagne présidentielle c’est une tension qui ne se relâche jamais car la victoire n’est acquise qu’à la dernière seconde de la dernière minute de la dernière heure de la compétition.Une campagne présidentielle c’est une forme d’oubli de soi. C’est se mettre à l’écoute des autres, à leur service. Car il y a beaucoup à apprendre de ce que disent les Français chaque jour.

Mais quand je vous vois si nombreux, quand je sens votre attente, les espoirs que vous mettez en moi, je sais que tout cela n’est pas vain.
C’est vous qui me donnez la force, le courage, l’énergie d’aller encore au-delà de moi-même.
Au milieu des attaques que subissent toujours ceux qui ne veulent pas transiger avec leurs principes, ceux qui ne veulent rien céder sur le terrain de la morale et des convictions, ceux qui ne veulent pas se laisser aller à la facilité et à la démagogie, au milieu de toutes les difficultés, de tous les pièges, de toutes les épreuves, ma force inépuisable c’est votre présence, mon bonheur profond c’est d’être au milieu de vous, ma joie sincère c’est de me sentir en harmonie avec l’émotion de votre foule immense.
Merci d’être là. Merci de votre soutien. Merci de votre amitié. Merci de votre enthousiasme. Merci de votre confiance.
Je ne les décevrai pas. Je ne les trahirai pas. Tout simplement parce que je n’en ai pas le droit.
Oui je suis heureux d’être avec vous ce soir, dans ce Sud que j’aime tant, si près de l’Espagne à laquelle tant de choses vous lient et qui est pour ma famille presque une seconde patrie, à Perpignan, vieille ville catalane et française dont Salvador Dali mit jadis la gare au « centre cosmique du monde ».Ici on est fier d’être catalan et fier d’être français.
Ici depuis deux cents ans on s’est toujours battu derrière le drapeau tricolore en gardant dans son cœur le drapeau jaune des Catalans sur lequel le premier comte de Catalogne traça avec le sang de sa blessure les quatre bandes rouges.
Ici la frontière n’a pas la même signification qu’ailleurs, parce qu’elle a plus sauvé de vies qu’on n’a tué de gens pour la défendre.
Ici la frontière, ce fut pour un demi-million de Républicains espagnols l’espoir de trouver un refuge pour échapper au franquisme.
Ici la frontière, ce fut pour des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants traqués par la Gestapo la possibilité de se soustraire à un destin tragique.
Qu’il me soit permis de rendre hommage à ces innombrables héros anonymes qui, en les cachant et en les guidant à travers les Pyrénées, leur ont sauvé la vie en risquant la leur.
Je veux le dire ce soir, s’il y a eu des Français qui ont trahi la France, qui ont trahi ses valeurs, qui ont dénoncé, qui ont persécuté d’autres Français, il y a eu aussi, et pas seulement dans les maquis, pas seulement dans la France combattante, mais aussi dans la population des villes, des villages, des campagnes, des hommes et des femmes qui ont eu un comportement admirable de dignité et de courage. Car il fallait du courage pour cacher dans sa famille, parmi ses propres enfants, l’enfant juif que les nazis voulaient exterminer. Car il fallait du courage pour faire passer la frontière à des réfugiés et à des résistants quand les patrouilles allemandes tiraient à vue.
Oui, je veux le dire ce soir, je suis fier de la France qui a toujours été une terre de liberté, où les grands crimes, que rien n’excuse, ont été bien moins nombreux que les moments de gloire, où la grandeur a toujours fini par triompher de la bassesse, où la générosité a toujours été plus forte que l’égoïsme, où la solidarité a toujours eu le dernier mot sur le chacun pour soi.
Je n’accepte pas cette obsession de la repentance qui nourrit la détestation de la France et la détestation de soi.
Je ne veux plus de ce dénigrement systématique de l’histoire de France, de ce révisionnisme historique qui n’a d’autre but que la destruction de notre pays en tant que nation.
Nous pouvons être fiers de la France. Elle a parfois commis des fautes mais elle n’a jamais renoncé, elle n’a jamais cédé au totalitarisme et elle a fait plus que toute autre nation pour la liberté et la dignité de tous les hommes.
Nous pouvons être fiers de la France comme vous pouvez être fiers de la Catalogne, cette terre où les hommes habitent depuis si longtemps, où à la Saint Georges ils échangent un livre contre une rose rouge parce que c’est une terre de liberté d’esprit et de fraternité.
C’est une terre où on a le sens de ce qui est grand et de ce qui est beau. C’est une terre où l’on respecte le savoir et le travail. C’est une terre où l’on a le respect de la famille et le respect des autres. C’est une terre où l’on a le sens du devoir, où l’on fait ce que l’on a à faire sans se plaindre, mais où l’on est rebelle à l’arbitraire et où l’on préfère le désordre à l’injustice. C’est une terre où les hommes savent dire « non » quand on veut les obliger à dire « oui ». C’est une terre de libre-arbitre et de pensée libre.
Ici au pied des Pyrénées, où l’on aime si passionnément la liberté, où l’on n’a jamais accepté l’obéissance aveugle, où l’on a toujours aimé intensément la République et détesté toutes les dictatures, ici les hommes savent bien qu’il n’y a pas de société possible sans autorité.
Ici les hommes savent que sans l’autorité ils ne peuvent pas vivre ensemble. Ici les hommes savent que le principe d’autorité est le principe même de la civilisation. Ici, plus qu’ailleurs peut-être, beaucoup d’hommes se désespèrent de voir partout l’autorité dénigrée, de voir l’autorité non plus simplement contestée mais niée, niée par ceux-là même qui devraient la faire respecter, par ceux-là même qui devraient la défendre.L’autorité ? Qui ose encore en parler ?
L’autorité ? C’est devenu un de ces mots qui peuvent vous briser une carrière politique. Un de ces mots qu’on ne prononce pas entre gens bien élevés, entre gens qui ont bonne conscience. Presque un gros mot pour les tenants de la pensée unique !
L’autorité ? Un mot qui vous fait immédiatement soupçonner de préparer rien moins qu’un Etat policier, un mot qui fait de vous un homme prêt à attenter aux libertés publiques.
Mai 68 est hélas passé par là.
A bas l’autorité ! C’était cela le programme de mai 68.
A bas l’autorité ! Le moment était venu de vivre sans contrainte et de jouir sans entrave.
A bas l’autorité ! C’était, prétendaient-ils, la condition de la libération de l’homme aliéné par le travail, par la vie en société, par l’économie, par son éducation et même par sa famille.
A bas l’autorité ! Cela voulait dire :
L’obéissance de l’enfant à ses parents, c’est fini ! Démodé !
La supériorité du maître sur l’élève, c’est fini ! Ringard !
La soumission à la loi, c’est fini ! Dépassé !
Le pouvoir de police, c’est fini ! Enfin !
Le respect de l’Etat et de ceux qui le représentent, c’est fini !
L’amour de la patrie, la fidélité à la France, à son drapeau, la gratitude vis-à-vis de ceux qui ses sont battus pour elle, c’est fini !
La morale, c’est fini !
L’humilité devant le savoir, devant les grandes œuvres de l’esprit humain, c’est fini !
La hiérarchie des valeurs, c’est fini !
La politesse, la courtoisie, le respect pour la personne âgée, pour la femme ! C’est fini !
A bas l’autorité ! Cela voulait dire :
Désormais tout se vaut.
Le bien comme le mal, la grandeur comme la bassesse, le vrai comme le faux, le beau comme le laid.
Tout se vaut :
La parole de l’élève vaut celle de l’instituteur.
Une émission de variétés vaut une pièce de Racine.
L’intérêt particulier vaut l’intérêt général.
Le délinquant vaut la victime.
La loi des bandes vaut celle de la République.
Le non travail vaut autant que le travail.
Et bien je suis venu à Perpignan pour vous dire qu’il est temps de dire non à ce formidable mouvement d’inversion des valeurs.
D’ailleurs, on voit où cela nous a menés.
Quand tout se vaut, plus rien ne vaut rien.
Quand il n’y a plus d’interdit, quand il n’y a plus de tabou, quand il n’y a plus de hiérarchie des valeurs, quand il n’y a plus de limite, quand il n’y a plus rien de sacré, alors il n’y a plus de liberté.
Parce que trop de liberté pour tous tue la liberté de chacun.
Parce que personne n’est libre quand personne ne sait plus ce qu’il peut raisonnablement attendre des autres.
Parce que lorsque tout est permis, plus rien ne l’est.
Parce que lorsqu’il n’y a plus de règle, plus de loi commune, plus de norme, plus de valeur partagée, il n’y a plus rien pour endiguer le mal qui est dans l’homme, pour canaliser la violence, les instincts, les pulsions, la loi de la force, la loi des bandes, la loi des voyous.
En niant toutes les formes d’autorité on autorise toutes les aventures.
En récusant toutes les manifestations de l’autorité on excuse tous les débordements.
On a promu la violence et parfois même la barbarie dans la société. On a introduit une sorte de violence primitive dans les rapports sociaux.
On croyait émanciper, on a aliéné.
On croyait libérer, on a démoralisé.
Au cœur de la crise morale que nous traversons il y a la dévalorisation du travail mais il y a aussi en parallèle la dévalorisation de l’autorité.
Le mot autorité ne me fait pas peur, le mot morale non plus.
L’autorité ce n’est pas l’autoritarisme.
L’autorité ce n’est pas l’obéissance aveugle. C’est l’obéissance consentie.
L’autorité ce n’est pas la crainte. C’est le respect.
L’autorité ce n’est pas quelque chose qui vient de dehors, c’est quelque chose qui vient de soi.
L’autorité ce n’est pas quelque chose de caché, c’est quelque chose de visible.
L’autorité ce n’est pas quelque chose d’anonyme, c’est quelque chose qui est incarné par des institutions, par des lois, par des hommes.
L’autorité ce n’est pas quelque chose qui s’achète, c’est quelque chose qui se gagne.
L’autorité ce n’est pas la force, c’est la légitimité. C’est la démocratie.
L’autorité ce n’est pas quelque chose qui s’impose, c’est quelque chose qui se mérite.
L’autorité elle doit d’abord venir de ceux qui doivent l’exercer au sommet de la République.Comment les hommes politiques pourraient-ils avoir une autorité s’ils ne donnent pas l’exemple ? S’ils ne sont pas irréprochables ? S’ils ne tiennent pas leurs promesses ? S’ils violent la loi qu’ils votent ? S’ils ne sont pas capables de s’imposer à eux-mêmes les sacrifices qu’ils prétendent imposer aux autres ? S’ils ne croient pas eux-mêmes à la politique, à sa capacité à changer les choses, à améliorer le sort des gens, à vaincre le chômage de masse, à faire reculer la délinquance ?
Si l’autorité des hommes politiques est si contestée, ce n’est pas à cause de la mondialisation, c’est à cause de comportements, d’attitudes, de mensonges, d’approximations que les Français ne supportent plus, qu’ils ne nous pardonneront plus. C’est à cause de la distance hélas de plus en plus grande qu’il y a entre les paroles et les actes. J’ai conscience de cette situation. J’essaye d’en tirer toutes les conséquences car j’ai compris, au fond de moi, que l’autorité ça se mérite. Qu’une parole donnée se doit d’être une parole tenue. C’est une question d’honnêteté et je veux être honnête envers les Français.
Comment la République pourrait-elle avoir une autorité si elle ne garantit pas l’égalité des chances ? Si l’on n’a pas les mêmes droits, les mêmes devoirs, les mêmes possibilités de faire valoir ses talents selon la couleur de sa peau ou le quartier dans lequel on habite ?
Comment la République pourrait-elle avoir une autorité si la loi n’est pas la même pour tous ?
L’autorité ça se mérite.
Comment l’Etat pourrait-il avoir encore une autorité s’il ne se donne plus les moyens de se faire respecter, s’il est appauvri, endetté, s’il est étouffé par sa bureaucratie, s’il est aux mains d’une technocratie arrogante, s’il se mêle de tout sans être capable de rien résoudre ?
Comment l’Etat pourrait-il avoir encore une autorité s’il ne remplit plus ses missions régaliennes : l’ordre public, la protection des personnes et des biens, la répression de la délinquance, la justice, la lutte contre le terrorisme, la maîtrise de l’immigration ?
Comment l’Etat pourrait-il avoir encore une autorité s’il n’est pas respecté ?
Comment l’Etat pourrait-il être respecté s’il ne respecte pas ses engagements, s’il ne fait pas respecter ses fonctionnaires, quand un fonctionnaire est insulté, frappé, bousculé alors qu’il sert l’intérêt général. La sanction doit être implacable car en bafouant cet homme ou cette femme, c’est la société toute entière qui est piétinée. Comment l’Etat pourrait-il être respecté s’il n’est capable de tirer aucune conclusion d’une affaire comme celle d’Outreau, ni de prendre aucune sanction quand la faute est aussi lourde et aussi avérée ? Le seul fait d’être un magistrat ne vous exonère pas de votre responsabilité, il la renforce !
L’autorité ça se mérite.
Comment l’école aurait-elle une autorité si elle n’est plus capable d’apprendre à lire, à écrire, à compter aux enfants ?
Comment l’instituteur, le professeur pourraient-ils encore avoir une autorité si personne ne fait seulement respecter la politesse dans les écoles ? Si l’école cesse d’être un lieu de transmission du savoir pour devenir un simple lieu de « découverte » où l’enfant n’apprend que ce qu’il a envie d’apprendre ? Si l’instituteur, le professeur supprime toute distance avec les élèves ? Si l’élève ne se lève pas quand le professeur entre dans la classe ? Si personne n’oblige l’élève à enlever sa casquette en classe, ou à éteindre son portable ? Si personne ne lui apprend à admirer les chefs-d’œuvre ?
L’autorité ça se mérite.
Comment certains intellectuels pourraient-ils avoir encore une autorité après toutes les erreurs commises, après que certains d’entre eux aient fait l’apologie de régimes totalitaires ? Après avoir fermé les yeux sur tant de crimes contre l’humanité ? Après avoir tant fait pour saper les fondements de la société et de ce qu’ils appelaient avec mépris la morale bourgeoise ?
L’autorité ça se mérite.
Comment les patrons pourraient-ils avoir une autorité s’ils n’acceptent pas de mettre les patrons voyous à l’index ? S’ils n’acceptent pas de remettre en cause certaines pratiques choquantes et déraisonnables ? Les salaires exorbitants, les parachutes en or abusifs, les retraites chapeaux ?
Comment les patrons pourraient-ils avoir une autorité s’ils gagnent autant quand ils échouent que quand ils réussissent, s’ils s’octroient toutes les stock options sans jamais en donner à leurs salariés qui ont pourtant contribué au succès de leur entreprise, s’ils licencient pour doper les cours de Bourse, s’ils pratiquent le chantage aux délocalisations, s’ils n’augmentent pas les salaires alors qu’ils dégagent des profits ?
Comment le cadre pourrait-il exercer une autorité s’il ne sait plus très bien quel est son rôle, s’il ne sait plus très bien s’il fait partie de ceux qui dirigent ou de ceux qui exécutent ? Comment le cadre qui avait un rôle parfaitement défini dans l’organisation hiérarchique et la division du travail de jadis pourrait-il encore exercer une autorité s’il s’angoisse de ne plus savoir très bien où il est ni quelles sont exactement ses responsabilités dans les organisations modernes où tout est en réseaux ?
L’autorité c’est le respect.
Comment le principe d’autorité pourrait-il encore avoir un sens dans une société où celui qui ne se lève pas le matin pour aller travailler gagne autant que celui qui se lève tôt et qui travaille dur ? Je ne veux pas d’une société où le revenu de l’assistance équivaut à celui du travail. C’est une injustice à l’endroit du travailleur et un bien mauvais service à rendre à l’assisté qui perd ainsi l’estime de soi.
Comment le principe d’autorité pourrait-il encore avoir un sens dans une société où le fraudeur s’en tire toujours tandis que le travailleur peine à boucler ses fins de mois ? Comment pourrait-il encore avoir un sens dans une société où la fraude à l’argent public est de 20 à 40 milliards d’euros par an ? La question essentielle pour notre société est celle des travailleurs pauvres malgré leur travail, de la classe moyenne qui se sent déclassée, de tant de famille qui ne croit plus à la promotion sociale.Comment le principe d’autorité pourrait-il encore avoir un sens dans une société où le multirécidiviste sait qu’il ne risque pas davantage que le délinquant d’occasion, où le chef de bande a plus d’autorité que le policier ou le juge, où certains responsables préfèrent négocier avec les caïds, qu’on a bien tort d’appeler les grands frères, pour avoir la paix ?Comment les parents et les enseignants pourraient-ils exercer une autorité sur les enfants si la société accepte que ces derniers gagnent mieux leur vie que leur père ou leur professeur en faisant le guet pour les trafiquants de drogue de quartiers ?
Comment la jeunesse comprendrait-elle ce que signifie l’autorité si on ne le lui apprend jamais ? Si elle ne rencontre jamais la règle, la discipline, l’obligation ? Si on lui laisse croire qu’elle peut faire tout ce qu’elle a envie de faire ? Si on lui passe tout ? Si l’on excuse toutes ses fautes ? Si l’on n’a jamais le courage de lui dire la vérité, de lui parler de ses devoirs alors que l’on a à la bouche que les droits ?
Ce n’est pas parce que l’enfant construit sa liberté en apprenant à dire non qu’il faut lui dire toujours oui.
Pour que l’émancipation soit un combat contre l’autorité, encore faut-il qu’il y ait une autorité. S’il faut bien un jour, comme on dit, « tuer le père », si l’objectif de toute éducation est qu’un jour l’élève dépasse le maître, cela ne veut pas dire que l’on gagnerait du temps en niant l’autorité. Bien au contraire.
C’est la confrontation avec la règle qui pousse au dépassement de soi.
C’est la confrontation avec la norme qui est créatrice.
Les plus grandes œuvres d’art, les plus grandes œuvres de l’esprit sont nées d’une transgression. La jeunesse s’accomplit en transgressant. Mais pour transgresser faut-il encore qu’il y ait une règle, des lois, des valeurs.
Que faire s’il n’y a plus rien à transgresser ?
C’est peut-être l’une des grandes causes du malaise existentiel de notre jeunesse.
On a rendu un bien mauvais service à la société en donnant à l’ordre une connotation négative, en faisant de l’ordre une valeur négative, en le détestant, en le caricaturant, en l’abaissant.
L’ordre sans le mouvement, c’est le conservatisme et je ne suis pas un conservateur. Mais le désordre c’est l’injustice et je ne veux pas de l’injustice.
Le désordre n’est pas dur pour les forts, pour les puissants, pour ceux qui peuvent se protéger eux-mêmes, qui ont les moyens de tirer profit de la situation. Le désordre est dur pour les plus humbles, pour les plus vulnérables, pour ceux qui n’ont pas les moyens de se protéger. L’ordre est au service des plus faibles. Abaisser l’ordre c’est exposer les plus faibles.
L’immigration clandestine, le travail au noir, la fraude, la défaillance de l’école, la délinquance, le chômage, la concurrence déloyale, ce sont des désordres dont les victimes sont d’abord dans les quartiers défavorisés, dans les familles de milieux modestes, chez ceux qui sont les moins qualifiés, chez ceux qui prennent les transports en commun pour aller travailler. L’ouvrier, c’est le premier que l’on agresse, c’est le premier dont on brûle la voiture, c’est le premier qui se retrouve au chômage quand la concurrence chinoise attaque le marché européen à coups de dumping monétaire, social et écologique et quand le travail au noir lui prend son emploi.
L’ordre, c’est le principe selon lequel tout ne se vaut pas.
L’ordre, c’est l’échelle des valeurs qui est reconnue, les devoirs qui sont inséparables des droits.
C’est l’honnêteté. C’est le civisme. C’est la confiance. C’est l’Etat de droit. C’est quand chacun sait où il est, ce qu’il a à faire, ce qu’il peut raisonnablement attendre des autres.
L’ordre, c’est quand l’autorité du maître est respectée, c’est quand l’école apprend à l’enfant à faire la différence entre le bien et le mal, à distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, à apprécier ce qui est beau et ce qui est grand.
L’ordre, c’est quand la loi est la même pour tous, quand le crime est puni et le mérite récompensé.
L’ordre, c’est quand la victime compte plus que le délinquant. C’est quand le travail paye plus que l’inactivité, quand on cesse de s’appauvrir en travaillant et de s’enrichir en spéculant.
L’ordre, c’est quand le capitalisme est régulé, quand la concurrence est loyale, c’est quand l’entrepreneur est davantage valorisé que le prédateur, c’est quand les gains sont équitablement répartis entre le capital et le travail, c’est quand le dialogue prévaut sur la violence, c’est quand personne n’est obligé de descendre dans la rue pour faire valoir son point de vue, c’est quand les usagers ne sont pas pris en otages par les grévistes, c’est quand chacun peut circuler sans craindre de se faire agresser.
Le mouvement, c’est l’audace, c’est l’innovation, c’est le progrès, c’est l’appel de la justice. C’est la conviction que l’intelligence et le travail des hommes peut améliorer le sort des générations futures. C’est l’optimisme des Lumières. C’est la liberté de l’esprit. C’est la raison critique dressée contre la folie des hommes. C’est la foi dans la science et dans l’éducation. C’est la société qui s’arrache au conservatisme en permettant à chacun de développer ses talents.
L’autorité c’est le fondement de l’ordre.
L’autorité c’est ce qui permet au mouvement de ne pas sombrer dans l’agitation.
L’autorité c’est ce qui garantit la liberté de tous et la responsabilité de chacun.
Je veux affirmer que c’est d’abord au sein de la famille qu’il faut réhabiliter le principe d’autorité. Le rôle des parents dans l’éducation des enfants est irremplaçable. La famille n’est pas qu’un lieu où l’on obtient des droits et perçoit des allocations. C’est aussi un lieu où l’on exerce des devoirs et au premier rang de ceux-ci d’élever ses enfants.C’est l’autorité de la République qu’il faut rétablir. Je veux une République irréprochable qui inscrive ses principes dans la réalité et pas simplement sur ses monuments, une République qui ait vraiment pour objectifs la liberté, l’égalité et la fraternité, une République qui donne plus à ceux qui ont moins, une République dont personne ne se sente exclu, dans laquelle chaque citoyen puisse se reconnaître, dans laquelle tous les enfants sentent qu’ils ont quelque chose en commun, qu’ils ont des rêves à partager, un avenir à construire ensemble.
Vous le savez mieux que quiconque – vous l’avez vécu il n’y a pas si longtemps – quand la République s’effrite, c’est le communautarisme c’est l’enfermement dans les origines, ce sont les règlements de compte entre les communautés et c’est la violence qui s’installent. Cela je ne l’accepterai jamais.
C’est l’autorité de l’Etat qu’il faut réaffirmer. Je veux un Etat impartial où les nominations principales soient ratifiées par le Parlement, où les compétences l’emportent sur les amitiés, sur les connivences, sur les relations. Je ne veux être l’homme d’aucun clan, d’aucun groupe, d’aucun parti parce qu’un président de la République ne peut être que l’homme de la France.Je veux un Etat où les fonctionnaires soient moins nombreux mais mieux considérés, mieux payés, avec de meilleures perspectives de carrière, où celui qui se donne du mal est récompensé, où la dignité et la protection des agents publics soient garanties parce qu’à travers eux c’est l’autorité de l’Etat qui est atteinte.
Je veux un Etat qui consacre plus de moyens à ses missions régaliennes qui ont été trop négligées.
Je veux un Etat qui domine les corporatismes et les féodalités qui sont dans les bureaucraties, dans les partis, dans les syndicats, dans l’économie. La loi de la majorité ne peut être entravée par une addition de minorités bruyantes, virulentes, intolérantes. Respecter les minorités est une obligation démocratique. Mais à l’inverse ces dernières ne doivent pas culpabiliser la majorité par le seul fait qu’elle le soit.
Je veux un Etat qui fasse respecter la loi par tout le monde et qui ne laisse aucun acte de délinquance impuni, aussi minime soit-il.
Je veux une justice indépendante qui ait les moyens nécessaires à son fonctionnement, mais je veux que les juges soient responsables de leurs actes quand ils commettent des fautes comme n’importe quel citoyen, et je veux que les Français participent à la décision de justice en correctionnelle comme c’est déjà le cas en assises. A ceux qui s’en étonneraient je veux rappeler que la justice est rendue au nom du peuple…et pas contre lui !
C’est l’autorité de la loi qu’il faut réhabiliter. La sanction doit avoir une vertu d’exemplarité et un caractère dissuasif.
Le caïd qui après chaque délit revient impuni dans sa cité pour y être accueilli en héros est une insulte à la République et une injure à son propre avenir. Car cette impunité va le conduire à recommencer et à servir d’exemple aux autres. Si on continue comme cela, la société se défera petit à petit jusqu’au jour où l’autodéfense s’installera et où l’Etat ne pourra plus agir. Alors la violence sera partout. Je ne veux pas qu’on en arrive là.
Si l’on veut éviter ce drame, il faut qu’il y ait des peines planchers dissuasives pour les récidivistes qui auraient alors la certitude d’être puni à la hauteur de ce qu’ils méritent. Il faut une politique pénale nationale qui s’applique de la même manière sur tout le territoire.
Il faut que les mineurs récidivistes de 16 ans soient sanctionnés comme des majeurs.
C’est cela l’autorité de la République. C’est cela l’ordre républicain, c’est cela l’équité, c’est cela la responsabilité.
Le problème n’est pas technique, il est intellectuel et il est moral. Il ne sera pas résolu si dès l’enfance la sanction de la faute n’accompagne pas la récompense du mérite. La délinquance des mineurs est devenue un problème grave et préoccupant pour l’avenir. Il nous faut adapter la justice des mineurs dont les principes et l’organisation ne sont plus adaptés à notre époque.
Il nous faut nous donner les moyens de remettre dans le droit chemin les adolescents qui s’en écartent en leur apprenant l’interdit, en leur faisant prendre conscience qu’il y a des choses qui sont permises et d’autres qui ne le sont pas.
Il faut mettre un terme à l’impunité des mineurs pour éviter qu’ils ne soient instrumentalisés par des majeurs sans scrupules.
C’est l’autorité des parents qu’il faut réhabiliter. Le rôle des parents dans l’éducation des enfants est irremplaçable.
Je souhaite que nous changions notre façon de concevoir l’éducation. Je souhaite une véritable révolution des mentalités par laquelle les parents soient reconnus comme des éducateurs à part entière.
Les parents sont les premiers éducateurs de l’enfant. La famille joue un rôle décisif dans le développement intellectuel, moral et affectif de l’enfant. S’il faut bien sûr protéger l’enfant contre certains comportements inacceptables, il ne faut pas chercher par principe à dresser l’enfant contre la famille. Il faut en finir avec cet autre aspect de l’idéologie de 68 qui tient l’influence de la famille pour forcément néfaste. Il faut en finir avec la mise en accusation systématique de la famille. C’est dans la responsabilisation de la famille et non dans son affaiblissement que se trouve la clé de beaucoup des problèmes que connaît notre société.
Si pour les familles qui ne s’occupent pas de leurs enfants mineurs, qui les laissent traîner dans la rue, qui les laissent commettre des délits, qui ne respectent pas l’obligation de les scolariser, je souhaite que des sanctions soient prises, que la responsabilité des parents puisse être mise en cause, que les allocations familiales soient mises sous tutelle, je m’engage aussi si je suis élu à aider les familles de bonne foi qui en ont besoin à élever leurs enfants.
Je souhaite que dans ce rôle ils soient soutenus, aidés, accompagnés, que cette charge soit prise en compte dans le calcul de l’impôt, de la CSG, des retraites.
Je souhaite qu’une allocation familiale soit versée dès le premier enfant parce que le premier enfant représente une charge très lourde pour les jeunes couples qui sont au début de leur carrière professionnelle, qui souvent enchaînent les petits boulots et sont confrontés à la précarité.
Tant de choses se jouent dès la petite enfance que c’est à ce moment-là qu’il faut le plus soutenir les parents. Les parents trop jeunes ou trop pauvres. La jeune mère qu’on garde le moins longtemps possible à la maternité, qui ne peut compter sur aucun conseil, sur aucune aide, qui est parfois isolée, loin de sa famille, seule pour faire face parce que le père est absent, qui va être vite confrontée à la difficulté de travailler tout en s’occupant de son enfant.
Aider les parents, aider l’enfant, pas seulement par des allocations mais aussi par l’assistance morale, par l’assistance éducative, par le conseil, par la mise en œuvre de tous les moyens pour concilier la vie professionnelle et la vie familiale, voilà ce qu’il faut faire.
L’enfant est innocent, l’enfant n’est pas responsable. La pauvreté, la misère il les subit. Il n’y est pour rien. Il faut aider l’enfant, lui donner sa chance, détecter le plus tôt possible ses difficultés, ne pas le laisser s’abîmer, ne pas le laisser s’enfermer, se replier sur lui-même. Ne pas le laisser seul face à sa souffrance.
C’est l’autorité des instituteurs, des professeurs qu’il faut réhabiliter.
Je souhaite que les instituteurs, les professeurs ne soient plus seulement des enseignants mais aussi des éducateurs. C’est ce que souhaitait déjà Jules Ferry il y a 130 ans. Il souhaitait aussi que l’école ne fût pas un cloître. Il avait raison. Mettre l’école à l’abri des conflits qui déchirent la société est nécessaire. Mais refermer l’école, le collège, le lycée sur eux-mêmes, instaurer une rupture radicale entre la vie de l’enfant à l’école et en dehors de l’école n’est pas tenable. Dehors ou dedans, l’enfant est une seule et même personne. Le savoir scolaire et les autres savoirs se mélangent sans cesse, comme tous les aspects de l’existence forment la trame d’une même vie.
L’école doit apprendre la vie, toute la vie.
L’école ne peut se décharger de toute responsabilité quand la classe est finie. C’est la raison pour laquelle je souhaite qu’elle prenne en charge les « orphelins » de 16h dont les parents travaillent , qu’elle organise des études surveillées où les enfants au lieu d’être livrés à eux-mêmes soient encadrés pour faire leurs devoirs. Je souhaite que les enseignants volontaires pour diriger ces études, comme ceux qui seront volontaires pour faire du soutien scolaire, reçoivent un surcroît de rémunération.
Je souhaite que les bons élèves issus de familles modestes et qui ne peuvent pas étudier chez eux dans de bonnes conditions puissent être accueillis dans des internats d’excellence.
Je souhaite que la politique éducative dépasse le cadre de l’école pour concerner la société tout entière.
Ce sont tous les éducateurs qui doivent se sentir concernés par ce qui arrive à l’enfant où qu’il se trouve, pas seulement les parents, pas seulement les enseignants, pas seulement les assistantes sociales, mais aussi les juges, les policiers, les élus, les médecins. La médecine scolaire en particulier a un rôle décisif à jouer. Elle doit être réhabilitée et revalorisée.
Je veux dire à tous les éducateurs que rien ne peut se faire s’ils ne travaillent pas ensemble, s’ils ne se parlent pas, s’ils se méfient les uns des autres, s’ils n’œuvrent pas au rétablissement d’une autorité commune.
Tous doivent être conscients que dresser l’enfant contre la société, ne lui enseigner que la haine de l’autorité, c’est trahir l’enfant, trahir sa confiance, son innocence.
L’infantiliser au lieu de l’aider à devenir adulte, ne pas lui apprendre les codes et les règles de la vie en société c’est le trahir.
L’excuser toujours, lui donner tous les droits, ne jamais forcer sa nature, ne jamais chercher à discipliner ses instincts, ses pulsions, c’est le trahir.
Lui laisser croire que la liberté c’est « vivre sans contrainte », c’est le trahir.
On trahit l’enfant quand on lui fait croire qu’il peut tout avoir sans effort, que même l’effort d’apprendre est inutile, que la vie n’est qu’un jeu.
Je souhaite une école qui place au cœur de ses valeurs l’autorité, le travail, l’effort, le mérite.
Je voudrais que tous les enfants, quand ils seront devenus adultes, aient un jour envie d’écrire à leur instituteur : « Merci de m’avoir rendu curieux de ce qui est beau ».
Nos enfants le pourront-ils encore si nous négligeons l’école ? Si nous les laissons sans valeur et sans repère ? Si nous renonçons à la culture commune qui permet aux hommes de se parler et de se comprendre ? Si nous ne leur enseignons plus la morale, le civisme, la grandeur de la raison ? Si l’enfant qui fait quelque chose de mal n’est pas sanctionné ? Si le maître ne fait pas respecter son autorité tout en respectant dans chaque enfant les possibilités infinies de l’adulte en devenir ?
Nous ne referons pas l’école de la IIIe République à l’heure d’Internet, de la télévision et du portable. Mais nous pouvons, nous devons en retrouver l’esprit, car cette école au fond était plus moderne que la nôtre s’agissant des principes d’éducation.
Certains d’entre vous connaissent sans doute la magnifique lettre de Jules Ferry aux instituteurs sur l’enseignement de la morale, écrite en un temps où les circulaires bureaucratiques qui étouffent notre vie administrative n’existaient pas encore :
« Monsieur l’instituteur,
Vous êtes l’auxiliaire du père de famille : parlez donc à son enfant comme vous voudriez qu’on parlât au vôtre.
Il ne suffit pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons ; il faut surtout que leur caractère s’en ressente : c’est surtout hors de l’école qu’on pourra juger de ce qu’a valu votre enseignement.
Vous avez flétri l’égoïsme et fait l’éloge du dévouement : ont-ils, le moment d’après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu’à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer. Et que ces rechutes ne vous découragent pas ! Ce n’est pas l’œuvre d’un jour de former une âme libre. »
Cette école était une promesse de liberté, de dignité et de promotion sociale. C’était une école de l’excellence qui valorisait l’autorité morale et intellectuelle, qui récompensait le travail, qui donnait à chacun le moyen d’aller aussi haut que ses talents le lui permettaient, quelle que fût son origine sociale.
Il ne faut jamais magnifier le passé, et l’idéal de la promotion par l’école a mis bien longtemps à pénétrer dans toutes les couches de la population. Longtemps, trop longtemps le paysan a voulu que son fils devienne paysan, le mineur que son fils soit mineur, l’artisan que son fils soit artisan.
Mais il était bien rare de rencontrer jadis des enfants sortis de l’école vers le début du XXe siècle à l’âge de 12 ans qui ne savaient pas lire, écrire ou compter correctement, ni exprimer de façon compréhensible leurs pensées et leurs sentiments, et qui ne possédaient pas quelques rudiments d’histoire et de géographie. Pourquoi ce qu’alors l’école de la République réussissait à faire, la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans aujourd’hui n’y parvient-elle plus ?
Est-ce plus compliqué d’instruire les enfants du début du XXIe siècle que ce ne l’était d’instruire les petits paysans ou les fils des prolétaires de la fin du XIXe siècle, enfermés dans des mondes clos sans ouverture sur le monde ?
Ce ne sont pourtant pas les moyens qui nous manquent.
Ce qui nous manque c’est autre chose. C’est une politique de civilisation comparable à celle qui dans les premières décennies de la IIIe République présida à la construction de l’école de Jules Ferry et qui donna aux instituteurs d’alors le sentiment qu’ils incarnaient le progrès.
Plus que des moyens et de l’organisation, l’origine de nos difficultés vient de ce que nos politiques éducatives ont cessé de faire référence à une idée de l’homme héritée de l’humanisme des Lumières et qui était le fondement des valeurs de la République.
C’est la valeur morale de la règle qu’il faut rétablir pour comprendre l’utilité de « l’obligation ». C’est la raison pour laquelle j’ai proposé de créer un service civique obligatoire par lequel chaque jeune Français donnera à la société et donc aux autres 6 mois de son temps pour une activité d’intérêt général.
L’obligation c’est une pédagogie du devoir et une exigence morale, c’est permettre à la jeunesse de donner le meilleur d’elle-même, c’est imposer à toute la société de faire une place à sa jeunesse. Mais dans sa mise en œuvre cette obligation ne doit pas être un obstacle de plus pour les études ou pour l’entrée dans la vie active. Elle doit être adaptée aux situations, aux parcours, aux aspirations de chacun. Elle doit offrir à chacun un enrichissement, une expérience, un moyen de se réaliser, une occasion de s’engager pour une cause qui lui tient à cœur.
C’est aussi l’autorité morale des chefs d’entreprise qu’il faut rétablir. Le capitalisme financier ne survivra pas si sa légitimité morale s’effondre. Je veux moraliser le capitalisme financier. Si je suis élu je proposerai à mes partenaires de faire de la moralisation du capitalisme financier une des priorités de la zone euro. Si je suis élu je rééquilibrerai le capitalisme français en faveur du capitalisme entrepreneurial et du capitalisme familial. Si je suis élu je ferai tout pour que la production passe avant la spéculation et la rente, pour que l’entrepreneur passe avant le spéculateur et le rentier.Réhabiliter le principe d’autorité c’est aussi lutter contre une immigration clandestine qui fait la fortune des marchands de sommeil et des passeurs sans scrupule qui n’hésitent pas à mettre en danger la vie des pauvres malheureux dont ils exploitent la détresse.
Je souhaite que celui qui a été reconduit dans son pays parce qu’il était clandestin en France ne puisse pas obtenir un titre de séjour dans notre pays pendant les 5 ans qui suivent.
Je souhaite que les étrangers en situation irrégulière soient exclus du droit au logement opposable.
C’est parce que je crois en la France, en ses valeurs, c’est parce que je veux qu’elle reste ouverte, accueillante, généreuse, que je veux que l’immigration soit maîtrisée, que notre pays fixe chaque année le nombre des étrangers qu’il peut accueillir dans des conditions qui permettent de respecter la dignité des personnes.
Je souhaite que l’immigré en situation régulière ne puisse faire venir sa famille que dans la mesure où les revenus de son travail à l’exclusion des ses revenus d’allocation lui permettent de la faire vivre et de la loger décemment.
Je souhaite qu’on ne puisse pas s’installer durablement en France sans se donner la peine d’écrire et de parler le Français.
Je souhaite qu’on ne puisse pas vivre en France sans respecter sa culture et ses valeurs. Ceux qui veulent soumettre leur femme, ceux qui veulent pratiquer la polygamie, l’excision ou le mariage forcé, ceux qui veulent imposer à leurs sœurs la loi des grands frères, ceux qui ne veulent pas que leur femme s’habille comme elle le souhaite ne sont pas les bienvenus sur le territoire de la République française.
C’est parce que je crois en la France et en ses valeurs que je souhaite qu’une charte adossée à la Constitution définisse les principes de l’entrée et du séjour des étrangers dans notre pays.
A celui qui veut devenir Français, je dis qu’il doit prendre en partage l’histoire de France, qu’il doit accepter que le pays dans lequel il vient soit un vieux pays qui a commencé d’exister bien avant lui. Il doit comprendre que ce pays est un pays de liberté qui demande simplement qu’on le respecte et qu’on l’aime. Pour demeurer en France don doit aimer la France et au minimum la respecter.
Ce qui est en jeu c’est la participation à la définition d’une destinée commune.
C’est dans une perspective Méditerranéenne qu’il nous faut concevoir l’immigration choisie, c’est-à-dire décidée ensemble, organisée ensemble, maîtrisée ensemble. Car la Méditerranée c’est notre avenir, c’est votre avenir et pas seulement votre passé.
Quand l’Europe vers le XVe siècle a commencé à tourner le dos à la Méditerranée, cette extrémité du Roussillon, au pied des Pyrénées, est devenue pour longtemps une région enclavée.
L’entrée de l’Espagne dans l’Union Européenne a commencé le désenclavement et vous a fait tourner vos regards vers Barcelone. Un contrat de plan Etat-région transfrontalier liant le Languedoc-Roussillon avec la Catalogne espagnole élargirait encore la perspective et permettrait à nos deux pays de tirer le meilleur parti de l’effacement des frontières.
Mais la plus belle perspective pour la France comme pour l’Espagne, pour la Catalogne comme pour le Languedoc-Roussillon, est dans le grand large.
Si je suis élu je proposerai à tous les pays de la Méditerranée de jeter les bases d’une Union Méditerranéenne comme jadis la France a proposé aux peuples européens de construire l’Europe. En ressuscitant le rêve méditerranéen nous ressusciterons le rêve européen.
Il ne s’agit pas que d’une perspective économique et politique. Il s’agit d’une perspective de civilisation. Il s’agit d’imposer le dialogue des civilisations là où le choc des civilisations menace toute la paix du monde.
Il s’agit d’unir la Méditerranée pour en faire un creuset de développement et le plus haut lieu de la fraternité humaine, afin qu’elle devienne le pivot d’une grande alliance entre l’Afrique et l’Europe.
Voilà mon projet pour la Méditerranée. Voilà mon projet pour l’Europe. Voilà mon projet pour la France.
Pour ce soir je n’ai que deux autres choses à vous dire, dont je sais qu’elles vous touchent au plus profond de vous-mêmes :
Vive la République !
Vive la France !

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