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Jean-Didier Berger

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Discours de Nicolas SARKOZY : Bordeaux 1/03/2007

Pour la France, je suis prêt à relever tous les défis
« J’ai une haute idée de la fonction présidentielle, de la hauteur de vue et de la grandeur morale qu’elle exige. Cette exigence je me suis efforcé de me l’imposer à moi-même depuis le début de cette campagne. Rien ni personne ne me détournera de cette ligne de conduite ».
Réunion publique de Nicolas Sarkozy à Bordeaux
La vidéo de son discours sur sarkozy.fr



Mes chers amis,

Merci d’être venus si nombreux ce soir.
Merci de votre présence qui me donne la force, l’énergie d’aller jusqu’au bout de moi-même dans cette campagne.
Pour vous, pour cette espérance que je sens en vous, pour la France, pour la patrie que nous aimons, pour ce pays dont nous sommes fiers, pour lequel tant d’hommes se sont battus, pour lequel tant d’hommes ont travaillé, pour lequel tant d’hommes ont créé, pour ce pays que nous voulons transmettre à nos enfants plus beau que nous l’avons reçu de nos parents, je suis prêt à relever tous les défis.

Je ne me laisserai pas détourner de mon objectif. Aucun mensonge, aucune calomnie ne me fera hésiter, encore moins reculer.
Les adeptes des basses manœuvres en seront pour leurs frais. Je ne me laisserai pas entraîner dans le marécage où ils rêvent d’attirer toute la campagne parce qu’ils n’ont pas d’idée, pas d’argument, parce qu’ils préfèrent salir que débattre, parce que ne sachant comment convaincre ils préfèrent discréditer.
Je sais ce qu’ils valent. Je sais jusqu’où ils peuvent aller. Je sais qu’ils ne reculent devant rien.
Mais rien ni personne ne me découragera.
Rien ni personne ne me fera renoncer.
J’ai une haute idée de la fonction présidentielle, de la hauteur de vue et de la grandeur morale qu’elle exige. Cette exigence je me suis efforcé de me l’imposer à moi-même depuis le début de cette campagne. Rien ni personne ne me détournera de cette ligne de conduite.
Je continuerai de dire aux Français ce que je souhaite pour la France.
Je continuerai à parler à leur intelligence et à leur cœur.
Je continuerai à leur parler de l’avenir de la France et de l’avenir de leurs enfants.
Je continuerai à essayer d’élever le débat.
C’est ma conception de la politique.
C’est ma conception du comportement que l’on doit avoir lorsque l’on est candidat à la Présidence de la République. C’est l’idée que je me fais de la dignité de la fonction présidentielle.
Cette idée, je sais que nous la partageons. Je sais que je peux compter sur vous. Je sais que dans le combat pour la dignité et la morale en politique je vous trouverai toujours à mes côtés.
Ensemble, nous redonnerons au débat politique la hauteur d’où il ne devrait jamais descendre. Nous donnerons à cette campagne la hauteur de vue dont elle a besoin pour que les Français puissent se décider en toute connaissance de cause.

Je suis heureux d'être à Bordeaux.
Dans cette ville où Montaigne incarna l’humanisme de la Renaissance, et où on sait ce que signifie le mot dignité.
Dans cette ville où Montesquieu inaugura l’Europe des Lumières, et où on sait ce que c’est que l’exigence morale.
Dans cette ville où Goya, fuyant l’Inquisition, est venu finir ses jours en peignant des taureaux. Sous l’un de ses dessins il avait écrit un jour : « le sommeil de la raison engendre des monstres ».
Dans cette ville où Mauriac a appris que face au mal la seule chose qui comptait c’était d’aimer.
Dans cette ville que le monde entier regarde comme la capitale de la civilisation du vin, dans cette ville ouverte sur tous les mondes, à la fois continentale et maritime, trait d’union entre l’Europe du Nord et celle du Sud, entre le commerce et le travail de la terre, entre l’âpreté des landes et la douceur des vignobles, l’esprit de modération et de tolérance a toujours prévalu.
Dans cette ville où la République cherche refuge chaque fois que les grands drames de l’histoire menacent de l’anéantir, se noua au cœur de la débâcle la tragédie de la Résistance et celle de la collaboration, De Gaulle y fit en partant pour Londres le premier geste qui allait le conduire à devenir l’âme de la Résistance française tandis que Mandel en refusant l’offre anglaise faisait le premier pas vers sa captivité et sa mort. Il avait été élu député de la Gironde et comme le Général De Gaulle il avait tenté désespérément pendant des années de conjurer la catastrophe qu’il pressentait. Il mourut assassiné par des Français ennemis de la France, qui avaient trahi son idéal et ses valeurs. Il est juste que son nom ne soit pas oublié car il fait honneur à votre région.
Ici, à Bordeaux, je suis venu parler de ce dont les candidats à l’élection présidentielle ne parlent jamais parce que la politique a fini par se confondre avec la gestion. Je suis venu parler de l'idée que je me fais de la vie.
Parce que la politique s’était laissée petit à petit envahir par la statistique et par le chiffre, qu'elle a cessé de parler au cœur et à la raison, parce que la politique a fini par oublier qu’elle n’avait d’autre justification que de servir l’homme, d’autre finalité que la vie.
Je ne crois pas à la politique du malheur et de la souffrance. Je ne crois pas à la politique qui se propose de sauver l’homme par le sacrifice et par la douleur.
Les circonstances peuvent imposer le sacrifice au service d’une cause pour laquelle il peut valoir la peine de souffrir, non comme une fin en soi.
La politique qui n’a comme horizon que le sacrifice de l’homme est une politique qui se détruit elle-même.
Je veux remettre la politique à l’endroit. Je veux remettre l’homme et la vie au centre de la politique.

Qu’il me soit donc permis de dédier ce discours à Jaques Chaban-Delmas, dont la destinée pendant près d’un demi-siècle s’est confondue avec celle de Bordeaux. Il fut pour moi l’un des hommes qui dans la politique française ont le plus incarné ce souci et cet amour de la vie. La vie, Jacques Chaban-Delmas l’avait risquée dans la Résistance parce que, sans la liberté, il ne croyait pas qu’elle valait la peine d’être vécue. La vie il l’avait défendue contre une politique de mort. La vie, elle était la raison d’être de tous ses combats, de tous ses engagements politiques. La vie, il lui donnait un sens en se battant pour que tous les autres vivent mieux, vivent debout, vivent plus heureux. La Nouvelle Société, c’était une politique de vie, une politique qui mettait la vie et l’homme au centre de la politique.
Je veux te rendre hommage cher Alain, toi qui a tant fait pour que Bordeaux se sente de nouveau vivre passionnément, pour que la vie y rayonne de partout, pour qu’elle redevienne l’une des villes les plus éclatantes et les plus dynamiques d’Europe.
Alain, je veux te rendre hommage pour ce que tu as fait ici mais aussi pour ton engagement en faveur de la protection de l’environnement, pour avoir été l’un des premiers parmi nous à avoir compris que la catastrophe écologique menaçait l’avenir de l’humanité, et pour nous avoir fait partager ta conviction.
Je suis heureux d'être à tes côtés ce soir.

Il était temps de parler de la vie parce que la question de la vie est partout posée, parce que la question de la vie traverse toute la société, parce qu’à travers l’interrogation sur la vie on comprend mieux la nature de la crise actuelle et son caractère profond.
Jamais peut-être depuis la dernière guerre la question de la vie ne s’est posée à l’homme avec autant de gravité.

Il y a d’abord bien sûr la question de la survie. Il y a la question que l’homme se pose face au risque de son anéantissement.
Cette question, il se l’est posée face aux ravages de la guerre mondiale, de la guerre totale.
Cette question, il se l’est posée face aux camps de la mort.
Cette question, il se l’est posée face aux armes de destruction massive à l’heure de la guerre froide.
Cette question, il se la pose aujourd’hui face à la prolifération nucléaire. Le premier dossier que le Président de la République trouvera sur sa table c'est celui de l'Iran. Nous ne pouvons pas accepter le nucléaire militaire dans les mains du régime iranien. J'appelle à la plus grande fermeté la Communauté Internationale.
Il se la pose face à la menace terroriste et au risque que fait peser sur l’avenir du monde le choc des civilisations et le retour du fanatisme.
Il se la pose plus gravement encore face au réchauffement climatique et aux catastrophes qu’il pourrait provoquer.
La question de sa survie, l’homme se la pose face à la perspective du monde de la rareté que dessine l’épuisement des ressources, parce que la rareté crée toujours la violence Les guerres de la faim et de l’eau qui menacent le monde de demain pourraient bien être les plus terribles que l’humanité ait connues parce que ce seront les plus désespérées. Les grandes migrations de population ont déjà commencé et tous les murs du monde ne les arrêteront pas.
La première mondialisation, celle des années 1870-1914, s’est abîmée dans le protectionnisme, la guerre économique et la Première Guerre Mondiale. Le sort de la deuxième mondialisation pourrait être pire si rien n’est fait pour éviter la catastrophe écologique.
A ce risque mortel nous devons opposer une politique de la vie.

La politique de la vie, elle commence par l’action en faveur de la paix dans le monde.
La politique de la vie, elle commence par la compréhension, le respect, la solidarité.
La politique de la vie, elle commence en faisant la guerre aux causes de la guerre.
La dictature et le totalitarisme sont des causes de guerre. On combat la dictature et le totalitarisme par la démocratie et par les droits de l’homme. La France n'est elle-même que quand elle est intransigeante sur la défense de ces valeurs universelles. Les Tchétchènes massacrés, les Soudanais exterminés au Darfour, les infirmières bulgares embastillées, Ingrid Bettancourt emprisonnée. Toutes et tous sont français parce que tous et toutes sont victimes de l'oppression.
La vengeance et la haine sont des causes de guerre. On combat la vengeance et la haine par le multilatéralisme, le droit et la justice.
La crispation identitaire est une cause de guerre. On combat la crispation identitaire par le respect des nations et la défense de la diversité culturelle.
L’obscurantisme est une cause de guerre. On combat l’obscurantisme par l’éducation et la culture.
La pauvreté est une cause de guerre. On combat la pauvreté par l’aide au développement.
L’épuisement des ressources est une cause de guerre. On combat l’épuisement des ressources en gaspillant moins et en préservant la planète que nous avons reçue en héritage.
Le réchauffement climatique est une cause de guerre. On combat le réchauffement climatique en diminuant les émissions de gaz à effet de serre et en respectant le protocole de Kyoto comme une obligation qui devrait être universelle.

Après que les peuples asservis par le communisme eurent brisé leurs chaînes, après que le mur de Berlin eut été abattu, on avait annoncé la fin de l’histoire dans le triomphe planétaire du marché et de la démocratie. Nous savons maintenant que l’histoire n’est pas finie et qu’elle est hélas toujours aussi tragique.
Nous savons que le monde n’a jamais été aussi instable, aussi dangereux.
Il y a dans le monde une demande de protection de plus en plus forte. Il y a dans le monde de grands murs qui se construisent pour séparer les peuples. Il y a dans le monde une tentation protectionniste qui renaît. Il y a dans le monde un repliement sur soi et un rejet de l’autre qui grandissent au fur et à mesure que la crise économique, sociale, culturelle s’aggrave. Partout dans le monde les classes moyennes des pays développés commencent à déserter le camp de l’ouverture pour rallier peu à peu celui de la fermeture.
Partout dans le monde le sentiment d’un danger imminent se renforce. Nous sentons confusément que des drames dont nous ne connaissons pas la nature nous menacent.

En attendant, des enfants meurent de faim et de pauvres malheureux cherchant à fuir la misère se noient en tentant de traverser la mer en pirogue.
En attendant, la pollution empoisonne des millions de gens, qui ne s’en doutent pas plus que ceux qui s’empoisonnaient tous les jours un peu plus à l’amiante dans leur usine ou leur bureau ne se doutaient jadis qu’un jour ils en mourraient.
En attendant, l’humanité vit dans la peur des maladies qui n’existent pas encore Après le SIDA, la vache folle, la grippe aviaire, l’homme vit dans la crainte des produits cancérigènes, des OGM, et des dangers hypothétiques du téléphone portable dont il ne peut plus se passer.
Nul ne sachant d’où vient le danger on finit par le voir partout.
En attendant, des espèces vivantes disparaissent tous les jours, les glaciers polaires fondent, le désert avance, l’air devient moins respirable.

La science et la technique ont cessé d’être une promesse d’avenir meilleur pour devenir une menace.
Depuis Tchernobyl, l’homme vit dans la hantise de l’accident nucléaire et se demande ce qu’il va faire des déchets radioactifs. Il croit qu’on lui ment tout le temps, que les experts lui cachent la vérité, que des intérêts puissants les manipulent.
L’homme a perdu sa foi aveugle dans le progrès. L’angoisse que son existence est sans cesse menacée le ronge et lui gâche la vie.
Hier il avançait sans réfléchir, persuadé de son bon droit, soumettant la nature à sa volonté au nom du progrès, tirant sur les générations futures des traites non remboursables, causant des dégâts à jamais irréparables.
Aujourd’hui il n’ose plus bouger, lesté par le remords, la culpabilité, et le principe de précaution. Hier on faisait trop. Aujourd'hui pas assez.
Hier se croyant tout permis, et aujourd’hui se voyant tout interdit, le voilà rongé par l’angoisse de se tromper, de faire quelque chose dont l’avenir dirait que c’était une faute.

Certains proposent de tout arrêter, de revenir en arrière, de récuser la science, de mettre la raison de côté. Je ne partage pas cet avis.
Car le procès fait à la science et à la raison pourrait déboucher sur la plus profonde des crises intellectuelles et morales. La montée de l’obscurantisme serait une conséquence pire que le mal que l’on prétendait soigner.
En voulant donner la préférence à la nature sur la culture, à l’instinct sur la raison, à la décroissance sur la croissance, on préparerait une catastrophe pire que celle que l’on cherche à éviter.
On ne sauvera pas l’humanité, on ne préservera pas la planète en abaissant l’homme, en essayant de ressusciter un état de nature qui n’a jamais existé.
On ne sauvera pas l’humanité en faisant de l’écologie une idéologie totalitaire qui se donnerait pour objectif de libérer l’homme de la civilisation pour le renvoyer à l’état sauvage.
On ne sauvera pas l’humanité en appauvrissant tout le monde et en partageant le travail. Je refuse que l'on somme l'homme de choisir entre la croissance et l'environnement. Je veux le progrès économique dans le respect de la planète. Je veux l'emploi pour tous avec le développement durable. Je veux l'Europe et la nation. Je veux le mouvement et l'ordre. Je veux la synthèse car la France est une synthèse.

On sauvera l’humanité en remettant de l’humain dans la politique et dans la civilisation.
On sauvera l’humanité en mettant la science et l’économie au service de l’homme et non l’homme au service de la science et de l’économie.
On sauvera l’humanité en se battant contre la déraison par la raison.
On sauvera l’humanité en lui faisant préférer la recherche du bonheur plutôt que la volonté de puissance.
On sauvera l’humanité en non par la décroissance mais par le développement.
On sauvera l’humanité non en détruisant l’économie de marché mais en l’obligeant à prendre en compte toutes les conséquences et donc tous les coûts.

Mais il ne faut pas réduire la politique de la vie à celle de la survie. Il ne s’agit pas seulement d’éviter le pire. La politique de la vie doit être une politique de civilisation. C’est-à-dire une politique au service d’une certaine idée de l’homme, de sa dignité, de sa liberté, de son bonheur, de son bien-être, de sa capacité à vivre pleinement.
On ne vit pas lorsque l’on est un enfant pauvre.
On ne vit pas lorsque l’on est ignorant.
On ne vit pas lorsque l’on ne mange pas à sa faim.
On ne vit pas lorsque l’on est privé de sa liberté.
On ne vit pas lorsque l’on a tout le temps la peur au ventre.
On ne vit pas lorsque l’on n’a pas de quoi se loger.
On ne vit pas lorsque l’on est malade et que l’on n’a pas les moyens de se faire soigner.
On ne vit pas lorsque l’on est harcelé moralement.
On ne vit pas lorsque l’on est victime de discrimination ou d’exclusion.
On ne vit pas lorsque la souffrance est trop forte.
On ne vit pas lorsque l’on veut travailler et que l’on ne trouve pas de travail.
On ne vit pas lorsque l’on est condamné à la solitude.
On ne vit pas lorsque la vie est trop lourde, trop difficile, trop dure.

La vie est devenue plus dure, plus lourde parce qu’on est plus isolé que jadis, parce que les solidarités se sont distendues, parce qu’il y a moins de solidarité familiale, moins de solidarité de voisinage, moins de solidarité de métier. Jadis le niveau de vie était moins élevé mais l’homme n’était pas seul, il était entouré, il était pris en charge, il était protégé. Il était moins libre, mais il pouvait partager les fardeaux de l’existence. Il pouvait s'appuyer sur une trame de relations humaines et sociales parfois étouffante mais qui lui permettait d'échapper à l’angoisse de la solitude. Solitude paradoxale qui au cœur de nos villes surpeuplées fait vivre tant d’êtres isolés les uns des autres.
Aujourd’hui voilà l’homme seul ou presque dans un monde de pressions, d’incertitude, confronté à la peur de perdre son emploi, à la dégradation de ses conditions de travail, à la pression de la concurrence, à l’exigence de compétitivité, de performance.

La politique de la vie c’est une politique de civilisation qui part du principe que la vie n’est pas une marchandise, que tout ce qui touche intimement à la vie ne relève pas d’une logique commerciale, que l’éducation, la santé, la culture ne peuvent pas être livrées au seul jeu du marché.
La politique de la vie c’est une politique de civilisation qui part du principe que la qualité est plus importante que la quantité, que s’agissant de ce qui touche intimement à la vie, les critères qualitatifs sont plus importants que les critères quantitatifs même s’ils sont plus subjectifs.
Mais c’est bien pour cela que la politique existe : parce que tout n’est pas quantitatif. C’est bien pour cela que la politique participe de la civilisation, parce que la civilisation c’est davantage de la morale, de l’esthétique, du spirituel que de la comptabilité.
La politique de la vie c’est la politique qui donne à tous les hommes un statut et une utilité sociale. La politique de la vie c’est celle qui permet à tous les hommes de travailler et de s’émanciper par le travail. Je veux rendre au travail sa valeur morale et sa capacité d’émancipation.
Je veux rendre au travailleur la première place dans la société. Je n'accepte pas que l'assisté ait les mêmes revenus que le travailleur.
C’est tout le sens de mon projet politique : je veux redonner au beau nom de travailleur le prestige qu’il a perdu, parce qu’en abaissant le travailleur on a abaissé l’Homme.
Je veux réhabiliter le travailleur qui a été trop longtemps ignoré par la droite et qui a été trahi par la gauche.
La fin du travail est un mythe. Le grand problème de la France c’est qu’elle travaille moins quand les autres travaillent plus. Le grand problème de la France c’est qu’elle ne crée plus assez de travail pour financer les retraites, la protection sociale, pour rembourser la dette, pour élever le niveau de vie, pour réduire la précarité, le chômage, les inégalités, pour faire fonctionner notre modèle d’intégration sociale. Ce problème est un problème moral. La crise de la valeur travail est au cœur de la crise morale.
Le travail n'est pas l'ennemi !

Le travail c’est le moyen par lequel l’homme se libère de la rareté et de la violence. C’est l’égalité des chances, c’est la promotion sociale, c’est le fondement de la citoyenneté.
Derrière la crise du travail il y a le sentiment désespérant que la promotion sociale est impossible, que le mérite n’est plus récompensé et que le travail ne paye plus, qu’il ne protège même plus de la pauvreté. Avec la crise de la valeur travail c’est l’espérance qui disparaît. Comment espérer encore si le travail ne permet plus de se mettre à l’abri de la précarité, de s’en sortir, de progresser ?
Je n'accepte pas qu'il puisse exister des travailleurs pauvres alors que l'on a déjà bien assez à faire avec ceux qui sont pauvres parce qu'ils n'ont pas de travail !

La France sans paysan, sans artisan, sans ouvrier serait une France appauvrie moralement, culturellement, économiquement. Je pense aussi aux employés, aux techniciens, aux ingénieurs, aux cadres, je pense aux infirmières, je pense aux professeurs, aux médecins, à tous ceux qui aiment leur métier, qui en sont fiers. Ils considèrent qu’ils doivent le faire le mieux qu’ils peuvent. Ils ont ce sens du devoir, ce sens moral, ce courage qui sont des valeurs auxquelles je crois, qui sont les valeurs autour desquelles les Français doivent se rassembler parce que ce sont les valeurs de la France.
Les travailleurs incarnent un type de civilisation, un type d’homme qui respecte le travail comme une condition de la liberté, qui pense que l’honneur c’est toujours s’efforcer de faire le mieux possible ce qu’on a à faire, que la dignité c’est de ne rien devoir qu’à soi-même et que le premier devoir d’un homme c’est de transmettre ses valeurs à ses enfants.
Aux ouvriers qui ont tant de savoir-faire, aux paysans qui depuis des générations font fructifier leur terre, aux artisans qui n’aiment que ce qui est parfait et dont les secrets se transmettent de génération en génération depuis des siècles, aux ingénieurs qui subissent eux aussi la concurrence des ingénieurs de l’Inde ou de la Chine dix fois moins payés, je me refuse à dire que tout est fini, qu’il n’y a plus de place pour eux, qu’ils doivent disparaître, qu’ils ne servent plus à rien. Je veux leur dire que rien n’est perdu. Un métier qui disparaît, un village qui se vide, un bassin industriel qui s’effondre, c’est un drame. Aucune nécessité économique ne justifie que la politique soit indifférente à ce drame et à la souffrance qu’il cause. Nulle impuissance publique n’oblige à accepter sans rien faire ce gâchis humain qu’un petit effort d’imagination, de volonté et de morale suffirait à éviter. A quoi sert la politique si on ne peut rien faire sur rien ? A quoi sert la politique si la seule loi qui s’impose est celle de la rentabilité à court terme ? A quoi sert la politique si elle se contente d’accompagner une sorte de sélection naturelle qui fait triompher le fort et anéantit le faible, si elle ne donne pas sa chance à chacun ?
A quoi servirait d'être candidat si on n'a rien à dire, à proposer, à faire parce que l'on a décidé de s'agenouiller devant la fatalité. La fatalité ne fait pas partie de mon vocabulaire.

La politique de la vie c’est celle qui se fixe pour objectif qu’il n’y ait plus de travailleurs pauvres.
La politique de la vie c’est celle qui fait de l’amélioration des conditions de travail une priorité.
La politique de la vie c’est celle qui n’accepte pas que les accidents du travail soient plus fréquents en France qu’ailleurs, et qui fait payer des primes plus élevées aux entreprises qui enregistrent plus d’accidents.
La politique de la vie c’est le contraire de l’égalitarisme et de l’assistanat qui sont dégradants pour la personne humaine. Ils empêchent ceux qui veulent réussir de réussir. Ils démoralisent ceux qui se donnent du mal. Ils rendent toujours plus dépendants et plus vulnérables ceux qui en bénéficient. Ils tirent tout le monde vers le minimum au lieu de tirer chacun vers le maximum.
Le Parti Socialiste veut une société du minimum, je souhaite une société du maximum, parce qu’avec le minimum on ne vit pas, on survit.

La politique de la vie c’est celle qui aide ceux qui en ont besoin, ceux que les accidents de la vie ont abîmés au point qu’ils n’arrivent plus à se tenir debout tous seuls. Ma France, c’est celle qui ne laisse personne dans la détresse, où l’Etat tend la main à l’enfant pauvre, au malade, au handicapé, à la personne âgée qui est dépendante, où l’Etat accompagne ceux qui veulent s’en sortir, ceux qui sont prêts à faire un effort sur eux-mêmes, où l’Etat donne à ceux qui n’ont plus la force de vouloir, l’énergie de vouloir de nouveau.
Car vouloir pour soi-même, c’est espérer encore. Et toute la grandeur de l’homme est dans cette espérance qui le pousse à se dépasser, qui fait de sa vie une aventure dans laquelle rien n’est écrit par avance, qui le fait acteur et non spectateur de sa propre histoire.
La politique c’est celle qui a pour but que brûle toujours dans le cœur de chacun la flamme de l’espérance qui indique à l’homme qu’il est maître de sa destinée.
Si je souhaite qu’il n’y ait plus aucun revenu d’assistance sans une activité d’intérêt général qui en soit la contrepartie, c’est parce que je veux que celui qui est secouru retrouve l’estime de lui-même dans la reconnaissance de son utilité sociale. Sans l’estime de soi on ne vit pas, on survit.
Si je veux qu'on ne puisse pas refuser plus de 2 fois une offre d'emploi qui correspond à ses compétences c'est parce que je veux lutter contre la fraude, les fraudeurs et tous ceux qui ne comprennent pas qu'il n'y a pas de droits sans contre-partie de devoirs.

La politique de la vie c’est celle qui combat et qui sanctionne durement toutes les formes de harcèlement, d’exploitation et de discrimination.
La politique de la vie c’est celle qui bâtit une école qui apprend la vie aux enfants et qui les aide à devenir des adultes et non à rester de grands enfants.
La politique de la vie c’est celle de Jules Ferry lorsqu’il écrit la lettre aux instituteurs :
« Monsieur l’instituteur,
Vous êtes l’auxiliaire du père de famille : parlez donc à son enfant comme vous voudriez qu’on parlât au vôtre.
Il ne suffit pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons ; il faut surtout que leur caractère s’en ressente : c’est surtout hors de l’école qu’on pourra juger de ce qu’a valu votre enseignement.
Vous avez flétri l’égoïsme et fait l’éloge du dévouement : ont-ils, le moment d’après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu’à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer. Et que ces rechutes ne vous découragent pas ! Ce n’est pas l’œuvre d’un jour de former une âme libre. »

La politique de la vie c’est celle qui ne tolère pas l’enfant racketté, la jeune fille violée, la loi des grands frères, qui ne tolère pas l’excision, la polygamie, l’infériorisation de la femme.
La politique de la vie aujourd’hui c’est celle qui, tout en responsabilisant les familles, les aide à élever leurs enfants quand elles en ont besoin. C’est celle qui verse une allocation dès le premier enfant parce qu’il représente une charge très lourde pour un jeune couple. C’est celle qui soutient les parents trop jeunes ou trop pauvres. La jeune mère qu’on garde le moins longtemps possible à la maternité, qui ne peut compter sur aucun conseil, sur aucune aide, qui est parfois isolée, loin de sa famille, seule pour faire face parce que le père est absent, qui va être vite confrontée à la difficulté de travailler tout en s’occupant de son enfant.
La politique de la vie c'est celle qui fait comprendre que la famille n'est pas qu'un lieu pour recevoir des allocations mais aussi pour transmettre une éducation. Pour ceux qui n'exercent pas leurs responsabilités parentales je demande la mise sous tutelle des allocations familiales.
L’enfant est innocent, l’enfant n’est pas responsable. La pauvreté, la misère il les subit. Il n’y est pour rien. Il faut aider l’enfant, lui donner sa chance, détecter le plus tôt possible ses difficultés, ne pas le laisser s’abîmer, ne pas le laisser s’enfermer, se replier sur lui-même.
La politique de la vie c’est celle qui organise l’étude pour que les orphelins de 16 heures dont les parents travaillent puissent faire leurs devoirs à l’école au lieu d’être livrés à eux-mêmes. C’est celle qui accueille dans des internats d’excellence les bons élèves des familles les plus modestes qui ne peuvent pas étudier chez eux.
La politique de la vie c’est celle qui permet de se former tout au long de la vie. C’est celle qui offre une deuxième chance à ceux qui ont quitté l’école trop tôt et qui veulent reprendre des études ou une formation.
La politique de la vie c’est la politique qui lutte contre l’immigration clandestine qui fait la fortune des marchands de sommeil et des passeurs sans scrupule qui n’hésitent pas à mettre en danger la vie des pauvres malheureux dont ils profitent de la détresse et qui sont souvent employés au noir dans des conditions honteuses. Celui qui a été reconduit dans son pays ne doit pas pouvoir obtenir de titre de séjour pendant les 5 ans qui suivent. Et les étrangers en situation irrégulière doivent être exclus du droit au logement opposable.
La politique de la vie c’est l’immigration maîtrisée, c’est la fixation chaque année le nombre des étrangers que nous pouvons accueillir dans des conditions qui permettent de respecter la dignité des personnes. C'est l'obligation pour celui qui veut résider en France de parler et d'écrire le français. C'est l'obligation pour celui qui veut faire venir sa famille de prouver qu'il a des revenus de son travail suffisant pour la faire vivre et un logement pour la loger.

La politique de la vie c’est la politique de la qualité de la vie. C’est la politique qui arrache l’homme à la laideur. C’est politique du paysage. C’est la politique des entrées de ville qui cesseraient d'être défigurée. C’est la politique de la ville. Pas seulement des quartiers mais de la ville tout entière, de l’architecture, de l’urbanisme, c’est la politique de la ville durable, de la qualité de la ville, de l’écologie urbaine.

C’est la politique du bruit, avec des logements insonorisés, des murs antibruit, et dans les agglomérations des voies routières enterrées chaque fois que c’est possible.

La politique de la vie c’est la lutte contre la solitude, ce drame de nos sociétés contemporaines auquel la politique jusqu’à présent ne s’est jamais intéressée. Je veux faire, si je suis élu, de la solitude une des grandes préoccupations des politiques publiques, ne serait-ce que pour éviter le drame que nous avons vécu en 2003 lors de la canicule où des milliers de personnes âgées sont mortes sans que personne ne s’en rende compte. Ce n’est pas l’idée que je me fais d’une société humaine. Ce n’est pas l’idée que je me fais du respect de la personne.

La politique de la vie c’est la politique du respect absolu de la vie mais jusqu’à la limite de la souffrance humaine, car il n’y a qu’une seule limite, celle où la souffrance est si grande qu’elle détruit la vie. Notre société ne peut pas se dispenser de réfléchir à cette question, parce que nul ne peut rester indifférent à la souffrance extrême.

La politique de la vie c’est la politique de la santé. La politique de la santé ce n’est pas la politique des comptes, c’est la politique de santé publique. Je souhaite que le Ministère des Finances gère les comptes et que le Ministère de la Santé s’occupe de la santé des Français.
La politique de la vie c’est la priorité donnée à la recherche sur le cancer. C’est la priorité donnée à l’insertion des malades dans la vie sociale, à la lutte contre les réflexes d’exclusion dont ils font l’objet.
Les grandes maladies du siècle s’appellent aussi le mal de vivre, le malaise existentiel de la jeunesse, le suicide. On n’en parle jamais. On en a honte. Je veux parler de cela aussi. Je veux parler de la maladie, de la dépression, de ce qui atteint la personne au plus profond de son être, du regard que la société porte sur ces fléaux, sur cette souffrance qui n’est pas matérielle mais qui est humaine, qui est physique, qui est morale. La vie est devenue si lourde pour certains de nos compatriotes. Je veux engager puissamment la recherche médicale française vers le soulagement de ce mal dont on parle si peu mais qui est si présent pour les jeunes comme les moins jeunes et qui n'est rien d'autre que le mal de vivre.

Je n'accepte pas qu'un seul malade ait honte de sa maladie, honte de mettre un genou à terre, honte de trouver que la vie est si lourde. L'humanité c'est comprendre cette réalité.

Mais c’est évidemment dans le combat écologique que se trouve la possibilité d’agir sur les causes qui menacent la vie. L’écologie ce n’est pas un problème de confort. C’est le problème même de la vie qui se trouve posé. Nous avons tous failli. Gauche, droite, nul n'a de leçons à donner.
Il est temps de réagir.
La réponse au défi écologique c’est une politique qui fait prévaloir le point de vue de la vie sur tous les autres.

La politique qui fait prévaloir le point de vue de la vie c’est une politique de responsabilité.
Pour préserver l’avenir il faut que les générations présentes cessent de préempter toutes les ressources des générations futures. Il faut que chacun d’entre nous cesse de tirer des traites écologiques sur les générations à venir. La vie détruite ne ressuscitera pas. Les ressources épuisées ne reviendront pas. L’équité entre les générations est une nécessité vitale et morale. Elle exige que chacun paye ce qu’il consomme. Elle exige que chaque génération supporte entièrement le coût des décisions qu’elle prend sans le reporter sur les suivantes. C'est parce que nous avons tous une responsabilité illimitée vis-à-vis des générations futures que je souhaite, dans l'économie, que les maisons-mères soient responsables de façon illimitée des dégâts causés à l'environnement par leurs filiales. Je n'accepte pas que l'on puisse saccager un territoire et fuir du jour au lendemain sans avoir de compte à rendre sur ses actes. C’est une révolution par rapport au droit commun de la responsabilité limité. Cette révolution, je souhaite que la France l’accomplisse. Mais si je suis élu je proposerai à nos partenaires de l’inscrire dans le droit européen.

La politique qui fait prévaloir le point de vue de la vie, c’est une politique de développement durable.
Le développement durable ce n’est pas la fin du travail, c’est l’emploi durable.
Ce n’est pas la croissance zéro, c’est la croissance durable.
Ce n’est pas le rejet de la technique, c’est la technologie propre.
Ce n’est pas l’abolition du marché, c’est le principe pollueur-payeur.
Ce n’est pas la frilosité, c’est la responsabilité.
La deuxième révolution que je vous propose, c’est de faire du développement durable le critère de toutes nos politiques publiques.
En encourageant par tous les moyens le passage d’une société où il sera moins cher de recycler que de jeter.
En changeant nos modes de décision, de production, de transport. Je veux moins de camions et plus de trains.
En mettant des objectifs environnementaux dans la politique de la commande publique.
En investissant dans le nucléaire qui ne produit pas de gaz à effet de serre et qui est une énergie propre.
En investissant massivement dans la recherche et le développement des énergies renouvelables.
En réformant en profondeur notre fiscalité.
Puisque la délocalisation de l’emploi oblige à chercher des alternatives à la taxation du travail, je propose que l’on décide de substituer la taxation de la pollution à la taxation du travail. Je préfère taxer le pollueur que le travailleur.
Puisque les produits respectueux de l’environnement reviennent plus cher que les autres, je propose qu’ils bénéficient dans toute l'Europe d’une TVA à taux réduit.
Puisque certains pays pratiquent le dumping écologique en polluant l’atmosphère pendant que les autres sont obligés de respecter des normes rigoureuses qui augmentent leurs prix de revient je propose de taxer le contenu en carbone des produits importés et d’entraîner l’Europe dans cette direction pour donner un contenu à la notion de préférence communautaire et pour moraliser la mondialisation.
La politique qui fait prévaloir le point de vue de la vie, c’est une politique qui se soustrait à la seule logique commerciale. C’est une politique qui soumet le libre-échange à la responsabilité écologique.
Si je suis élu, la France proposera la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement qui aura pour mission de forger et de faire respecter un droit international de l’environnement avec la même force que l’OMC met à faire respecter les règles du droit international du commerce et les règles du libre-échange.
Si je suis élu, la France fera de l’émergence de ce nouvel ordre juridique international l’une des priorités de son action diplomatique. Car c’est à l’échelle planétaire et non à l’échelle de chaque nation, ni même de chaque continent, que nous parviendrons à lutter efficacement contre tout ce qui menace d’abîmer la vie.

Je sais que la planète ne sera pas sauvée seulement parce que les pays riches feront des efforts, ni a fortiori parce que seulement une partie d’entre eux y consentira. Il faudra que tous s’y mettent.
Il faudra donc que la démocratie progresse. Ce sont les régimes les plus antidémocratiques qui ont été responsables des plus grandes catastrophes écologiques du siècle dernier. Il n’y a pas de place pour le débat sur l’environnement dans les dictatures.
Il faudra que le problème du sous-développement soit résolu. Il est bien difficile de se projeter dans le futur quand on meurt de faim.
Mais on ne résoudra pas le problème du sous-développement seulement par la compassion et la charité. On ne le résoudra pas non plus en développant les uns au détriment des autres. On ne nourrira pas le Tiers Monde en détruisant l’agriculture européenne mais en assurant l’autosuffisance alimentaire de chaque région du monde. On ne sauvera pas la planète en faisant du Tiers Monde la poubelle industrielle de l’Occident.
Le vrai défi c’est celui du co-développement.
C’est la reconnaissance d’un intérêt commun.
C’est le partage de la technologie, de la connaissance, des compétences, des médicaments.
Ce sont des pôles de compétitivité communs, des laboratoires communs, des universités communes.
C’est le libre échange négocié et régulé.
C’est une immigration choisie, c'est-à-dire décidée ensemble, organisée ensemble, maîtrisée ensemble.
Je souhaite que le service civique obligatoire dont j’ai proposé la création offre la possibilité à tous les jeunes Français qui le souhaitent de s’engager dans les grandes causes humanitaires du monde et dans le co-développement.

Parce que c'est la jeunesse qui tient l'avenir du monde entre ses mains.

C'est toujours la même chose : la France a un rôle particulier à jouer sur la scène du monde, c'est parce qu'elle est toujours plus grande lorsqu'elle l'est pour les autres.

J'ai voulu vous parler de la vie parce que c'est en donnant à chaque français le sentiment que sa vie vaut la peine d'être vécu, c'est en lui permettant de trouver un sens à sa vie dans l'accomplissement de ses rêves, c'est en lui procurant les moyens de faire de sa vie une aventure dont il sera le héros, c'est en permettant de vivre et pas seulement de survivre que la France redeviendra la France, c'est à dire l'un des noms que les hommes donnent au bonheur de vivre et à la fraternité.

En ces temps de repentance où l'on veut faire expier par les fils les fautes des pères et raviver les vieilles haines qui appartiennent à l'histoire, en ces temps où la nation est dénigrée, où des français se font un titre de gloire de haïr la France, je veux dire que, pour tout français, la haine de la France exprime d'abord la haine de soi. Que cette haine de soi est la forme la plus achevée de la haine de la vie.
Peut être parce que tous ceux là qui préfèrent par principe la haine à la fraternité, n'ayant pas eu à affronter le malheur se fabriquent eux même une souffrance qui leur donne la sensation d'accomplir quelque chose d'héroïque.

Jadis, deux écrivains français conjuguèrent leur talent pour écrire ce chant de douleur, de fraternité et de liberté que l'on devrait faire lire à tous nos enfants pour leur apprendre à aimer la France et à aimer la vie, pour leur donner la fierté d'être ce qu'ils sont.

"Ici, chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait,
quand il passe
ami, si tu tombe, un ami sort de l'ombre
à ta place,
demain du sang noir séchera au grand soleil,
sur les routes.
Chantez compagnon, dans la nuit, la liberté nous écoute."

Merci Maurice Druon pour ce chant des partisans qui contient toute l'âme de la France.
Je n'ai plus que deux choses à vous dire, deux choses qui viennent du fond du cœur,
Vive la République,
Vive la France.

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